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Entreprise non assujettie à la TVA : tout savoir sur la facturation électronique

publié le 18/05/2026· mis à jour le 30/05/2026· 13 min de lecture

Croire qu’on échappe à la facturation électronique parce qu’on ne facture pas de TVA reste l’erreur la plus répandue sur cette réforme. Le filtre que retient l’administration n’est pas la TVA mentionnée sur vos factures, mais votre qualité d’assujetti au sens fiscal. Près de 10 millions d’entreprises françaises sont visées par le dispositif au 1ᵉʳ septembre 2026, et la majorité d’entre elles ne facturent pas un centime de TVA.

La nuance technique tient en quelques mots, mais elle change tout. Un micro-entrepreneur, un loueur en meublé, un professionnel libéral exonéré : tous sont concernés à divers degrés, alors qu’une association purement bénévole reste totalement hors champ. Pour démêler ces situations selon votre statut d’entreprise et votre taille, mieux vaut partir du critère légal lui-même plutôt que du formulaire que vous remplissez chaque trimestre.

La confusion vient d’un mot piégé. L’administration utilise « non assujetti » dans un sens strict, alors que les entreprises l’utilisent souvent pour dire « je ne facture pas la TVA ». Ces deux situations recouvrent des obligations radicalement différentes, et c’est précisément ce que la réforme vient trancher.

DGFiP · Périmètre réforme
10 millions d’entreprises concernées
Cible française à équiper d’ici 2027. Dont une majorité de micro-entreprises et de franchisés qui ne collectent aucune TVA mais restent pleinement assujettis au sens fiscal.

Le piège terminologique : assujetti, redevable, non assujetti

Le Code général des impôts distingue trois statuts qui se ressemblent et se contredisent. Comprendre la différence entre eux conditionne la totalité de vos obligations à venir. C’est aussi ce qui sépare une association sans activité commerciale d’un auto-entrepreneur en démarrage, alors que les deux remplissent leur déclaration de revenus sans jamais mentionner la TVA.

Assujetti à la TVA : la définition légale

L’article 256 A du CGI définit l’assujetti comme toute personne qui exerce de manière indépendante une activité économique, quels que soient son statut juridique, sa situation au regard d’autres impôts et la forme ou la nature de son intervention. Cette définition large balaie l’idée qu’on puisse échapper au champ TVA par sa taille. Un freelance qui facture 5 000 euros par an entre dans le champ aussi sûrement qu’un grand groupe industriel.

Le déclencheur n’est donc pas un seuil de chiffre d’affaires ni un régime fiscal, mais la nature même de l’activité : indépendante, économique, à titre habituel. Une vente occasionnelle entre particuliers reste hors champ. Une activité régulière de prestation ou de vente, même modeste, fait basculer son auteur dans la catégorie des assujettis.

Non redevable : l’assujetti qui ne collecte pas

Un non-redevable est un assujetti qui, par exception, ne paie pas la TVA. C’est notamment le statut des bénéficiaires de la franchise en base prévue à l’article 293 B du CGI : un micro-entrepreneur, un professionnel libéral sous les seuils, un loueur exonéré. Ces personnes émettent des factures avec la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » et ne déduisent pas la TVA de leurs achats. Mais elles restent juridiquement dans le champ.

Cette distinction est précisément ce que la DGFiP rappelle pour la micro-entreprise et ses obligations : la franchise dispense de collecter, jamais d’être assujetti. La réforme s’applique donc à eux comme aux autres, avec parfois un calendrier décalé selon leur taille.

Non assujetti : le vrai hors-champ

Le non-assujetti est en revanche celui qui n’exerce aucune activité économique au sens du CGI. C’est le particulier qui vend sa voiture, l’association purement bénévole sans recettes commerciales, la holding pure qui se contente d’encaisser des dividendes sans rendre de service à ses filiales. Cette catégorie est étroite, et seule elle est réellement exclue de la réforme.

Attention
Ne confondez pas votre mention de facture avec votre statut TVA

La formule « TVA non applicable, article 293 B » que vous écrivez sur vos factures ne fait pas de vous un non-assujetti. Elle indique seulement que vous bénéficiez de la franchise en base. Aux yeux du fisc, vous êtes assujetti non redevable, et la réforme s’applique à vous.

Qui est vraiment hors champ de la facturation électronique

Les véritables non-assujettis forment une liste courte. Connaître précisément qui en fait partie permet d’éviter deux erreurs symétriques : se croire concerné quand on ne l’est pas, ou se croire dispensé quand on doit pourtant agir. Le critère reste invariable : pas d’activité économique indépendante au sens du CGI, donc pas d’obligation.

Les associations sans activité lucrative

Une association loi 1901 dont les activités sont strictement bénévoles et non commerciales n’est pas assujettie. Elle n’a aucune obligation d’émission, de réception ni d’e-reporting. Elle ne figure pas dans l’annuaire DGFiP et ne peut pas s’y inscrire. Le sujet se complique dès lors que l’association touche à une activité lucrative : pour les associations selon leur activité commerciale, le seuil de 80 011 € de recettes lucratives accessoires (chiffre 2025) trace la frontière.

Au-delà de ce seuil, l’association devient assujettie et entre dans le champ de la réforme comme n’importe quelle entreprise. Une association qui anime un club sportif sans billetterie n’a rien à faire. La même association qui gère un bar associatif ouvert au public bascule potentiellement dans le dispositif.

Les holdings pures et patrimoniales

Une société holding qui se borne à détenir des titres et percevoir des dividendes n’exerce pas d’activité économique au sens TVA. Elle n’est pas assujettie. À l’inverse, une holding animatrice qui facture des prestations de management, refacture des frais ou rend des services à ses filiales bascule dans le champ, exactement comme une SCI selon son régime de TVA bascule selon le régime choisi pour ses locations.

Les particuliers et les activités occasionnelles

Un salarié qui vend ponctuellement un meuble sur une plateforme reste un particulier. Aucune obligation de réforme ne s’applique à lui. La frontière se trouve dans le caractère habituel et organisé de l’activité : un brocanteur qui revend chaque week-end devient un commerçant, indépendamment de son chiffre d’affaires.

Le saviez-vous

Les entreprises étrangères non établies en France et qui n’y réalisent pas d’opérations entrant dans le champ TVA français ne sont pas concernées par la réforme française. Elles peuvent rester dans le dispositif de leur propre pays sans avoir à s’enregistrer sur l’annuaire DGFiP.

Faux non-assujettis : vos obligations en clair

La majorité des personnes qui se disent « non assujetties » sont en réalité des assujettis non redevables. Ce sont eux que la réforme cible explicitement, et ce sont eux qui doivent agir, parfois avant les autres. Leurs obligations se découpent en trois blocs distincts dont l’application dépend du profil client.

L’obligation de réception au 1ᵉʳ septembre 2026

C’est l’obligation universelle, sans exception, pour tous les assujettis. Que vous soyez une TPE traditionnelle, un auto-entrepreneur démarrant en franchise ou un professionnel libéral en BNC, vous devez pouvoir recevoir une facture électronique structurée de vos fournisseurs au 1ᵉʳ septembre 2026. Cela suppose d’être inscrit sur une plateforme agréée et de figurer dans l’annuaire central géré par la DGFiP.

Aucune entreprise assujettie ne peut s’en dispenser. Un simple PDF reçu par email ne constituera plus une facture conforme pour les opérations B2B. Le fournisseur, lui, sera obligé d’émettre via plateforme agréée à partir des dates qui lui correspondent.

L’obligation d’émission selon votre taille

L’émission de factures électroniques arrive au 1ᵉʳ septembre 2026 pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, puis au 1ᵉʳ septembre 2027 pour les PME, TPE et micro-entreprises. Pour la grande majorité des assujettis non redevables, l’échéance d’émission est donc fin 2027.

Cette obligation ne concerne que vos opérations B2B avec un client lui-même assujetti et établi en France. Un coach qui ne facture que des particuliers n’a aucune facture électronique à émettre. Un consultant qui mélange particuliers et entreprises devra émettre en électronique uniquement pour ses clients professionnels.

L’e-reporting pour les ventes B2C et internationales

L’e-reporting est le troisième volet et le plus souvent ignoré. Il consiste à transmettre périodiquement à l’administration les données de transactions qui ne passent pas par la facturation électronique : ventes aux particuliers, ventes à l’étranger, certaines opérations spécifiques. Pour les franchisés et micro-entrepreneurs, cette transmission s’effectue tous les deux mois selon les modalités fixées par décret.

Un coiffeur, un artisan qui livre à domicile, un commerçant de proximité : ils ne facturent que des particuliers et croient échapper à la réforme. En pratique, ils relèvent intégralement de l’e-reporting au 1ᵉʳ septembre 2027.

Le tableau des obligations selon votre situation

Confronter votre profil aux trois volets de la réforme reste l’exercice le plus utile. La grille ci-dessous reprend les principaux statuts qui se réclament du non-assujettissement et trace pour chacun ce qui s’applique vraiment. Elle distingue les vrais hors-champ des assujettis non redevables, qui restent la grande majorité.

Profil Statut TVA Réception 09/2026 Émission E-reporting
Micro-entrepreneur en franchise Assujetti non redevable Obligatoire 09/2027 09/2027 (ventes B2C)
Profession libérale exonérée (médecin, paramédical) Assujetti exonéré (art. 261 CGI) Obligatoire Non sauf activité annexe taxable Pour activité annexe
LMNP en location nue ou meublée non assujettie Variable selon option TVA Obligatoire si assujetti Si option TVA Si option TVA
Association loi 1901 sans activité lucrative Non assujettie Aucune Aucune Aucune
Association avec activité lucrative > 80 011 € Assujettie Obligatoire Selon taille Selon clients
Holding pure (titres seuls) Non assujettie Aucune Aucune Aucune
Holding animatrice (management fees) Assujettie Obligatoire Selon taille Selon clients
Particulier (vente occasionnelle) Non assujetti Aucune Aucune Aucune

Cette grille croise les seuils GE, ETI et PME utilisés par la réforme avec la qualification fiscale. Trois lignes seulement correspondent à de vrais hors-champs. Les cinq autres concernent des profils qui se croient souvent non concernés.

Calendrier, sanctions et risque pratique

La réforme s’applique progressivement, mais les sanctions ne distinguent pas la bonne foi de l’oubli. Un assujetti qui se croit hors champ et qui n’a pas anticipé sa réception au 1ᵉʳ septembre 2026 s’expose à des amendes dont le montant cumulé peut peser lourd sur une petite structure.

Les amendes applicables

Le défaut d’émission d’une facture électronique est sanctionné par une amende de 15 € par facture, plafonnée à 15 000 € par année civile. Le défaut de transmission des données d’e-reporting coûte 250 € par défaut de transmission, lui aussi plafonné à 15 000 € annuels. L’amende s’applique au manquement, pas à la facture individuelle, mais la répétition fait gonfler la note.

Le risque réel pour un assujetti non redevable

Le risque n’est pas seulement l’amende. C’est aussi l’impossibilité de recevoir certaines factures fournisseurs qui ne vous parviendront que via plateforme agréée. Un freelance qui n’a pas choisi sa plateforme au 1ᵉʳ septembre 2026 verra les factures de ses prestataires bloquées ou retardées. Le contrôle du flux entrant deviendra mécaniquement plus complexe sans plateforme.

Le bon réflexe

Avant de juger de votre situation, lancez la simulation officielle sur impots.gouv.fr (« Je découvre la facturation électronique »). L’outil DGFiP confirme ou infirme votre statut en quelques clics et précise les volets qui s’appliquent à votre profil. Aucun engagement, aucune création de compte.

Se mettre en conformité quand on ne facture pas de TVA

Pour un assujetti non redevable, la conformité repose sur deux briques : être inscrit sur une plateforme agréée et savoir laquelle des trois obligations s’applique à vous. Le choix de la plateforme reste libre, et plusieurs solutions gratuites couvrent intégralement le besoin d’un indépendant en franchise.

Choisir une plateforme agréée adaptée à votre profil

Au 21 mars 2026, la DGFiP a immatriculé 112 plateformes agréées. Toutes ne se valent pas, et le bon choix dépend de votre volume de factures, de votre régime de TVA et de votre outil comptable existant. Pour un freelance en franchise, des solutions gratuites couvrent l’intégralité du besoin. Pour un cabinet comptable accompagnant plusieurs profils, les solutions multi-dossiers deviennent indispensables.

Le critère décisif reste l’intégration avec votre logiciel actuel. Une plateforme isolée ajoute une étape manuelle, là où une solution comptable intégrée traite réception, émission et e-reporting sans ressaisie. Pour comparer les options selon votre situation, le rôle de l’expert-comptable dans la transition est souvent décisif.

Cas du loueur en meublé non professionnel

Le LMNP cumule les zones grises. Selon que la location relève d’un régime exonéré, d’une option pour la TVA ou d’une activité parahôtelière, les obligations diffèrent radicalement. Un loueur en meublé classique sans option TVA reste assujetti par sa qualité d’opérateur économique, mais ses obligations d’émission peuvent se réduire si ses locataires sont uniquement des particuliers. L’e-reporting peut s’appliquer pour le suivi des loyers.

Cas spécifique de l’artisan ou du commerçant vendant aux particuliers

Un coiffeur, un boulanger, un électricien qui n’intervient que chez des particuliers ne fait jamais de facturation électronique au sens B2B. En revanche, il doit faire de l’e-reporting de ses ventes B2C dès septembre 2027, en agrégeant les données par jour de vente. Cette obligation passe par une plateforme agréée connectée à son logiciel de caisse.

Les profils proches connaissent les mêmes règles : un dirigeant de PME mixant B2B et B2C doit combiner les deux dispositifs, tandis que le calendrier d’application reste calé sur la taille de la structure plutôt que sur la nature du client.

En résumé

Vrai non-assujetti (rare) : aucune activité économique indépendante. Association non lucrative, holding pure, particulier. Aucune obligation, aucune inscription sur l’annuaire.

Faux non-assujetti (la majorité) : assujetti non redevable en franchise ou exonéré. Réception obligatoire au 1ᵉʳ septembre 2026, émission B2B au 1ᵉʳ septembre 2027, e-reporting B2C au 1ᵉʳ septembre 2027.

Critère décisif : la qualification d’assujetti au sens de l’article 256 A du CGI, jamais la mention sur vos factures.

Pour un indépendant en franchise qui démarre sa mise en conformité dès maintenant, une plateforme agréée gratuite couvre la totalité du périmètre. Le choix se joue surtout sur l’intégration avec votre outil de gestion existant.

Questions fréquentes

Un auto-entrepreneur en franchise est-il considéré comme non assujetti à la TVA ?

Non. Un auto-entrepreneur en franchise en base est un assujetti non redevable. Il exerce une activité économique indépendante au sens de l’article 256 A du CGI et entre donc dans le champ TVA, même s’il ne collecte pas la taxe sur ses ventes. La mention « TVA non applicable, article 293 B » sur ses factures atteste de cette qualité juridique. La réforme s’applique à lui selon le calendrier des micro-entreprises.

Une association loi 1901 doit-elle se conformer à la facturation électronique ?

Cela dépend de son activité. Une association strictement bénévole sans recettes commerciales n’est pas assujettie et reste hors champ. Une association avec une activité lucrative dont les recettes dépassent 80 011 € par an (seuil 2025) devient assujettie et doit appliquer la réforme. Une association exerçant une activité lucrative principale exonérée de TVA (articles 261 à 261 E du CGI) reste assujettie mais limitée à l’obligation de réception au 1ᵉʳ septembre 2026.

Que se passe-t-il si je ne fais que de la vente aux particuliers ?

Vous n’avez aucune facture électronique B2B à émettre. En revanche, vous devez faire de l’e-reporting de vos transactions B2C à partir du 1ᵉʳ septembre 2027 si vous êtes une TPE, PME ou micro-entreprise. Vous devez aussi pouvoir recevoir les factures électroniques de vos fournisseurs au 1ᵉʳ septembre 2026, ce qui suppose une inscription préalable sur une plateforme agréée. L’e-reporting passe par la même plateforme, en transmission agrégée par jour.

Comment vérifier officiellement si je suis assujetti ou non ?

La DGFiP a mis en ligne un simulateur officiel accessible sur impots.gouv.fr (« Je découvre la facturation électronique »). Il vous pose quelques questions sur votre activité, votre clientèle et votre régime fiscal, puis renvoie un diagnostic personnalisé. En cas de doute persistant sur des situations mixtes (holding mixte, association partiellement lucrative, LMNP avec option), une consultation de votre expert-comptable reste indispensable.

Une holding patrimoniale doit-elle s’inscrire sur l’annuaire DGFiP ?

Une holding pure qui se contente d’encaisser des dividendes sans rendre de service n’est pas assujettie à la TVA. Elle n’a aucune obligation de s’inscrire sur l’annuaire central de la DGFiP et ne pourra pas le faire à titre obligatoire. Elle peut toutefois opter volontairement pour recevoir ses factures fournisseurs via une plateforme agréée, ce qui peut faciliter sa gestion administrative. Une holding animatrice qui facture des management fees ou rend des services à ses filiales devient assujettie et bascule dans le régime de droit commun.

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