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Du devis à la facture : ce que change 2026

publié le 12/09/2026· mis à jour le 06/10/2026· 13 min de lecture

Le devis échappe à la réforme de la facturation électronique. Aucun texte ne lui impose de format structuré, aucune plateforme agréée ne le transporte, aucune donnée ne remonte à la DGFiP. Pourtant, à partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir une facture électronique. Et c’est souvent le devis qui décide si la facture qui en découle passera ou non.

La confusion vient de l’outil. Devis et facture sortent du même logiciel, portent la même mise en page et reprennent les mêmes lignes. Juridiquement, ils n’ont presque rien en commun. Pour situer la facture parmi les autres documents commerciaux, notre page sur les types de factures, mentions obligatoires et modèles pose le cadre général.

Reste la question pratique. Ce que la réforme durcit côté facture se prépare en effet en amont, au moment où vous chiffrez. Un devis qui ne collecte pas le SIREN de votre client vous obligera à courir après cette donnée avant d’émettre.

L’essentiel

Le devis reste hors du périmètre de la facturation électronique : ni Factur-X, ni plateforme agréée, ni statut de cycle de vie. Seule la facture change de circuit. Réception obligatoire pour tous les assujettis au 1er septembre 2026, émission au 1er septembre 2027 pour les TPE, PME et micro-entreprises.

Devis d’un côté, facture de l’autre ?

Le diagnostic vous sort les plateformes agréées qui reprennent vos devis sans ressaisie.

Faire le diagnostic

Deux documents, deux régimes juridiques

Le devis relève du droit de la consommation et du droit des contrats. La facture relève du droit fiscal et du droit commercial. Ces deux corps de règles ne poursuivent pas le même but. Par conséquent, ils ne visent ni la même autorité de contrôle, ni les mêmes sanctions.

Le devis propose, la facture constate

Un devis est une offre de prix. Il décrit la prestation envisagée, son montant et ses conditions de réalisation. Tant qu’il n’est pas signé, il n’engage personne et se modifie librement. En revanche, une fois signé, il devient un contrat au sens de l’article 1113 du Code civil. Le professionnel reste alors tenu par les prix annoncés.

La facture, elle, constate une opération réalisée. C’est une pièce comptable, encadrée par l’article 289 du CGI et l’article 242 nonies A de son annexe II. Elle doit porter un numéro unique tiré d’une séquence continue, sans rupture ni doublon. Le devis, en revanche, n’obéit à aucune règle de numérotation. Nombre d’entreprises en adoptent une par confort de suivi, pas par obligation.

Autre écart souvent ignoré : le devis n’entre pas en comptabilité. Il ne génère aucune écriture tant qu’il n’a pas été transformé. La facture, dès son émission, crée une créance et déclenche les délais de paiement et pénalités de retard applicables entre professionnels.

Quand le devis devient obligatoire

Contrairement à la facture, le devis n’est pas systématiquement exigé. Il le devient dans des cas précis, tous issus du Code de la consommation. Le seuil le plus connu vise les travaux, le dépannage, la réparation et l’entretien du bâtiment chez un particulier, dès 150 € TTC.

D’autres secteurs l’imposent sans condition de montant. C’est le cas des déménagements, des prestations funéraires et de plusieurs actes de santé, notamment l’optique, les audioprothèses et les soins dentaires. Par ailleurs, un client peut réclamer un devis écrit quel que soit le montant, et le professionnel doit le fournir.

L’absence de devis, ou un devis incomplet, expose à une amende administrative. Elle atteint 3 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale. Cette sanction relève toutefois de la DGCCRF. Elle n’a donc aucun rapport avec le dispositif de facturation électronique, piloté par la DGFiP.

⚠ Confusion fréquente

Devis obligatoire et facture électronique obligatoire sont deux régimes distincts. Le premier protège le consommateur et se contrôle par la DGCCRF. Le second sert le contrôle de la TVA et dépend de la DGFiP. Le seuil de 150 € ne déclenche donc aucune obligation de format électronique.

Pourquoi la réforme laisse le devis en dehors du circuit

Le périmètre du dispositif se définit par son objet fiscal. La réforme organise la transmission des factures entre assujettis établis en France, puis la remontée de données sur les autres opérations. Le devis n’entre dans aucune de ces deux catégories.

Le périmètre s’arrête à la facture

Une facture électronique, au sens de la réforme, est un document émis, transmis et reçu dans un format structuré, via une plateforme agréée. Trois formats sont admis : Factur-X, UBL 2.1 et CII. Le PDF envoyé par mail ne compte donc plus comme facture électronique conforme.

Ce circuit suppose une opération taxable à déclarer. Or un devis ne constate rien. Il annonce un prix, sans créer de créance ni de fait générateur de TVA. L’administration n’a par conséquent aucune donnée à en tirer, et aucun texte ne prévoit son acheminement par une plateforme.

Le raisonnement vaut aussi pour l’e-reporting. Cette obligation porte sur les transactions hors périmètre B2B domestique, notamment les ventes aux particuliers et les opérations internationales. Là encore, elle vise des opérations réalisées, pas des propositions commerciales.

✓ Vérifié

Aucun texte n’impose de format au devis après le 1er septembre 2026. Un devis papier, un PDF envoyé par mail ou un document signé électroniquement restent parfaitement valables.

Ce que cela autorise concrètement

Rien ne change donc dans votre façon d’envoyer un devis. Vous continuez à l’adresser directement au client, par mail ou en main propre, avec ou sans signature électronique. Aucun annuaire, aucune plateforme, aucun délai de transmission ne s’y applique.

Le devis échappe aussi au système de statuts. Une facture électronique en porte quatre obligatoires : déposée, rejetée, refusée et encaissée. Rejetée signale une anomalie technique bloquée par la plateforme. Refusée traduit un désaccord commercial de l’acheteur. Ces deux statuts sont terminaux, donc irréversibles.

Un devis ne peut ainsi être ni rejeté ni refusé au sens de la réforme, puisqu’il ne traverse aucune plateforme. Le client l’accepte, le négocie ou l’ignore, exactement comme avant. Cette liberté de forme a toutefois une contrepartie : personne ne contrôlera pour vous les données qu’il contient.

Pas encore de plateforme de réception ? L’échéance tombe au 1er septembre 2026, quel que soit votre chiffre d’affaires.
Voir la liste officielle

Ce que la facture exige en plus, et que le devis doit préparer

La réforme ne se limite pas au canal de transmission. Elle enrichit également le contenu obligatoire de la facture. Quatre mentions s’ajoutent au socle historique, et trois d’entre elles se collectent naturellement au moment du devis.

Quatre mentions qui n’existaient pas

La première est le numéro SIREN du client, lorsqu’il s’agit d’une entreprise. Jusqu’ici, seul celui du vendeur figurait sur la facture. En effet, la DGFiP s’en sert comme identifiant pivot pour rapprocher les flux entre l’émetteur et le destinataire.

La deuxième est l’adresse de livraison des biens, quand elle diffère de l’adresse de facturation. La troisième précise la nature de l’opération : livraison de biens, prestation de services, ou les deux. La quatrième signale l’option pour le paiement de la TVA d’après les débits, lorsque le prestataire l’a retenue.

Attention toutefois à un point de détail. La référence du bon de commande ne fait pas partie de ces quatre nouveautés. Elle était déjà exigée par l’article 242 nonies A de l’annexe II du CGI, dès lors que l’acheteur en avait établi un.

Le devis n’est pas réformé. Il devient simplement le brouillon d’une facture qui, elle, ne pardonne plus l’approximation.

Le devis devient votre point de collecte

Trois de ces quatre mentions dépendent d’informations détenues par le client. Les demander au moment de facturer crée une friction inutile, surtout en fin de chantier. Les demander au moment du devis ne coûte rien, puisque le client est disponible et attend une réponse.

Ajouter une ligne SIREN à votre modèle de devis règle donc le sujet en amont. Même logique pour l’adresse de livraison, particulièrement dans le bâtiment, où l’adresse du chantier diffère souvent de celle du siège du client.

L’enjeu est chiffré. Une mention manquante ou inexacte coûte 15 € d’amende, plafonnés au quart du montant de la facture. L’article 1737 du CGI fixe cette règle. Les régimes particuliers ajoutent par ailleurs leurs propres mentions, et les entreprises qui facturent sans TVA doivent continuer à porter la référence à leur exonération.

Votre modèle de devis ne porte pas ces champs ?Plusieurs plateformes les ajoutent d’office et les reprennent dans la facture.
Voir les alternatives

Transformer le devis en facture sans casser la chaîne

La transformation paraît triviale : un clic dans le logiciel, et le devis accepté devient une facture. En pratique, plusieurs points de rupture apparaissent dès que l’acompte, l’avenant ou le refus entrent en jeu. Chacun se prépare au moment où le devis est rédigé, pas au moment de facturer.

L’acompte crée une facture à part entière

Un devis signé avec versement d’un acompte déclenche une facture d’acompte. Ce document est une facture au sens fiscal. Il entre donc dans le circuit des plateformes agréées, avec son propre numéro et ses propres statuts de cycle de vie.

La facture finale vient ensuite, en régularisant l’acompte déjà facturé. Deux factures circulent donc pour une seule affaire, chacune suivie séparément par l’administration. Le devis, lui, ne bouge pas et reste un document interne à la relation commerciale.

Cette mécanique bouscule surtout les habitudes du bâtiment et de l’événementiel, où l’acompte se pratique presque systématiquement. Un acompte encaissé sans facture correspondante devient une anomalie visible, puisque le flux de paiement et le flux de facturation sont désormais rapprochés.

Travaux supplémentaires, avenant et refus

Un devis signé fixe un prix. Facturer davantage sans avenant signé n’a aucune base contractuelle, et le client peut légitimement contester. Avant la réforme, la contestation se réglait par un échange de mails. Désormais, elle prend la forme d’un statut opposable.

Le statut refusée est terminal. La facture concernée ne peut plus être corrigée ni réactivée. Il faut donc procéder à une annulation comptable, puis émettre une nouvelle facture conforme. Chaque aller-retour coûte du délai de paiement.

D’où l’intérêt de faire signer un avenant avant d’exécuter des travaux supplémentaires. Le document prend quelques minutes et vaut protection. Si le retard s’installe malgré tout, notre page relancer une facture impayée détaille la procédure et ses étapes.

Un devis signé avant les travaux, c’est un refus de moins. L’offre Plus d’Indy, à 9 € HT par mois en annuel, ajoute la signature électronique des devis aux devis et factures illimités.
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L’outil qui doit tenir les deux bouts

Puisque le devis reste libre et que la facture devient contrainte, un seul outil doit couvrir les deux régimes. C’est là que se joue la différence entre un logiciel de facturation et une plateforme agréée.

Un logiciel de devis n’est pas une plateforme agréée

Plusieurs éditeurs annoncent être prêts pour 2026. La formule masque deux situations très différentes. Une plateforme agréée est immatriculée par la DGFiP et porte un numéro vérifiable. Un opérateur de dématérialisation, lui, se contente d’être raccordé à une plateforme agréée tierce.

Les deux montages fonctionnent. En revanche, seul le premier vous rend directement identifiable dans l’annuaire. Vérifiez donc le numéro d’immatriculation avant de vous engager, car la mention « en cours d’agrément » ne vaut pas agrément. Une plateforme annoncée comme candidate peut encore échouer à l’obtenir.

Le budget n’est pas le point bloquant. Plusieurs éditeurs proposent la réception gratuitement. Par ailleurs, les logiciels de devis et facture gratuits suffisent à un artisan qui facture quelques dizaines de fois par an. Le critère décisif reste donc fonctionnel, pas tarifaire : la reprise du devis, les nouveaux champs, la double gestion des flux.

↪ Bon à savoir

Un artisan qui ne travaille que pour des particuliers reste concerné. Il doit désigner une plateforme agréée dès le 1er septembre 2026, pour recevoir ses factures fournisseurs. Ses ventes aux particuliers passent ensuite en e-reporting, à partir du 1er septembre 2027.

Ce qu’il faut vérifier avant septembre

Premier point, la reprise du devis en facture sans ressaisie. Un outil qui oblige à retaper les lignes multiplie les écarts entre le montant annoncé et le montant facturé. Or chaque écart devient un motif de contestation, donc un statut de refus potentiel.

Deuxième point, la présence effective des nouveaux champs. Le SIREN du client, l’adresse de livraison et la nature de l’opération doivent exister dans le modèle de devis, pas seulement dans celui de facture. Beaucoup d’éditeurs ne les ont ajoutés que du côté facturation.

Troisième point, la gestion des deux flux. Une entreprise qui facture à la fois des professionnels et des particuliers cumule e-invoicing et e-reporting. Les échéances diffèrent ensuite selon la taille. L’émission bascule au 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les ETI, contre le 1er septembre 2027 pour les PME, TPE et micro-entreprises.

Sources
  • economie.gouv.fr, mentions obligatoires d’une facture
  • entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F31808 sur les mentions obligatoires
  • Code général des impôts, article 242 nonies A de l’annexe II et article 1737
  • Code de la consommation, article L111-1

Deux vérifications suffisent à trancher la plupart des cas. La plateforme figure-t-elle sur la liste officielle des immatriculées ? Votre modèle de devis porte-t-il déjà le SIREN du client et l’adresse de livraison ? Si les deux réponses sont positives, la chaîne tiendra en septembre.

À retenir
  • Le devis reste hors périmètre : aucun format imposé, aucune plateforme, aucun statut
  • La facture bascule : réception pour tous au 1er septembre 2026, émission au 1er septembre 2027 pour les TPE, PME et micro-entreprises
  • Quatre mentions s’ajoutent, dont trois se collectent au stade du devis
  • Une facture d’acompte est une facture, avec son numéro et ses statuts
  • Le statut refusée est terminal : annulation comptable et nouvelle facture
Prêt pour le 1er septembre ?

Quelques questions suffisent pour savoir quelle plateforme agréée correspond à votre volume de factures.

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Questions fréquentes

Un devis signé peut-il tenir lieu de facture ?

Non, jamais. Même signé et intégralement payé, un devis reste un document précontractuel. Il ne porte pas de numéro issu d’une séquence comptable continue. Il ne comporte pas non plus toutes les mentions de l’article 242 nonies A de l’annexe II du CGI. Une facture distincte doit donc être émise après réalisation, puis transmise par le circuit applicable à votre situation.

Faut-il indiquer le numéro du devis sur la facture ?

Aucun texte ne l’impose. La mention exigée porte sur le numéro du bon de commande, lorsque l’acheteur en a établi un. Reporter la référence du devis reste toutefois recommandé. Cela facilite le rapprochement pour votre client. Cela renforce aussi la piste d’audit fiable, puisque le lien entre l’engagement initial et la facture devient documenté.

Combien de temps faut-il conserver un devis signé ?

Un devis signé qui appuie une facture se conserve comme pièce justificative comptable. Le délai court sur dix ans à compter de la clôture de l’exercice, en application de l’article L123-22 du Code de commerce. Sur le terrain contractuel, la prescription de droit commun est de cinq ans selon l’article 2224 du Code civil. En pratique, alignez-vous sur la durée la plus longue.

Un accord par mail vaut-il signature du devis ?

Un accord exprès et non équivoque suffit à former le contrat. Un mail dans lequel le client valide explicitement le devis référencé fait donc l’affaire. La signature manuscrite avec la mention « bon pour accord » reste néanmoins plus solide. Elle prouve en effet que le client a pris connaissance du document complet.

Un devis à un particulier change-t-il quelque chose à l’e-reporting ?

Non. Les règles de devis relèvent du droit de la consommation et restent indépendantes de la réforme. En revanche, la vente qui suit génère une obligation d’e-reporting, puisqu’elle sort du périmètre B2B domestique. Pour une TPE, une PME ou une micro-entreprise, cette transmission démarre au 1er septembre 2027.

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