La fiche moyenne d’un salon de coiffure tourne autour de 43 € TTC. Ce chiffre en cache un autre, beaucoup moins commenté : 25 €, le seuil au-delà duquel une note de prestation est obligatoire depuis 1983. Autrement dit, la majorité des passages en salon déclenchent déjà un document réglementé. La réforme de la facturation électronique ne supprime pas cette obligation. Elle en ajoute deux autres, sur un calendrier que peu de professionnels du secteur ont réellement en tête.
Coiffeurs, esthéticiennes, prothésistes ongulaires, praticiens en massage bien-être : tous relèvent du même régime que les quelque 113 700 établissements de coiffure recensés en France au 1er janvier 2026. La mécanique reste celle décrite dans notre panorama de la facture électronique par secteur d’activité. Les points de friction, en revanche, sont propres à la beauté.
Le malentendu tient en une phrase. Une clientèle de particulières ne vous sort pas du dispositif : elle vous fait basculer dans son second pilier, l’e-reporting. Et ce pilier passe par le même outil que la facturation, avec ses propres échéances et ses propres amendes.
Le diagnostic vous sort trois plateformes classées selon votre profil.
Deux dates, deux obligations qui n’ont rien à voir
Le calendrier se lit mal quand on le résume à « 2026 ». Pour un salon ou un institut, deux échéances distinctes s’appliquent, séparées d’un an. Elles ne demandent pas le même travail. La première est passive et se règle en une inscription. La seconde transforme la caisse en organe déclaratif.
Septembre 2026 : recevoir, et rien de plus
Au 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit pouvoir recevoir ses factures fournisseurs au format électronique. Aucune exception de taille, aucune exception de secteur. Le grossiste en produits capillaires, le distributeur de cosmétiques, le fabricant de mobilier de cabine et le bailleur du local basculeront tous vers ce canal.
Concrètement, la démarche se limite à désigner une plateforme agréée et à vérifier que votre SIREN est correctement enregistré. Au relevé du 19 août 2026, 147 plateformes figuraient sur la liste des opérateurs ayant validé les tests d’interopérabilité, plus une quinzaine de dossiers complets encore en attente. Rien à émettre à ce stade, rien à déclarer.
Ne rien faire coûte cher, cependant. L’absence de plateforme désignée déclenche une mise en demeure de trois mois, puis une amende de 500 €, puis 1 000 € par trimestre tant que la situation dure. Sans plateforme, vos fournisseurs ne peuvent tout simplement plus vous adresser leurs factures.
Réception obligatoire au 1er septembre 2026 pour toutes les entreprises. Émission des factures entre professionnels et e-reporting des ventes aux particuliers au 1er septembre 2027 pour les TPE, PME et micro-entreprises. La franchise en base de TVA ne change rien à ces deux dates.
Septembre 2027 : émettre et déclarer
Un an plus tard, deux obligations s’ajoutent d’un coup. Vos factures adressées à des professionnels doivent circuler au format structuré via une plateforme agréée. Vos ventes aux particulières, elles, remontent sous forme de données agrégées. Un salon qui ne facture aucun professionnel reste donc concerné par la seconde branche.
La loi de finances pour 2026, publiée le 19 février 2026, a nettement relevé les sanctions. L’amende pour facture non émise au format électronique passe de 15 € à 50 € par facture, dans la limite de 15 000 € par année civile. Le défaut de transmission e-reporting passe de 250 € à 500 € par échéance manquée, avec le même plafond annuel.
Un droit à l’erreur tempère ce barème : la première infraction régularisée spontanément, ou dans les trente jours suivant une demande de l’administration, échappe à l’amende. Le profil beauté reste toutefois atypique. À la différence des architectes et bureaux d’études, dont la quasi-totalité des factures part vers des professionnels, un salon émet trois ou quatre factures B2B par mois au maximum.
Une clientèle de particulières ne vous sort pas du dispositif
C’est la croyance la plus répandue du secteur, et la plus coûteuse. Facturer des particulières exclut effectivement de la facturation électronique au sens strict. Cette exclusion n’est pas une dispense : les mêmes opérations basculent dans l’e-reporting, avec une amende par échéance dix fois supérieure à celle prévue par facture.
L’e-reporting, le vrai sujet d’un salon
L’e-reporting ne transmet pas de factures. Il transmet des agrégats : montant hors taxes, TVA ventilée par taux, période concernée, devise. Pour une activité équipée d’une caisse, le récapitulatif journalier des ventes sert de base au flux. Le ticket Z devient ainsi la matière première d’une déclaration fiscale automatique.
La fréquence dépend du régime d’imposition. Au réel normal, les données partent par périodes de dix jours. En franchise en base, le rythme est mensuel. À cela s’ajoutent les données de paiement, puisque la TVA sur une prestation de service devient exigible à l’encaissement et non à la facturation. La loi de finances pour 2026 a étendu ce volet à toutes les opérations dont la TVA est exigible au règlement.
Aucune donnée nominative sur vos clientes ne remonte à la DGFiP. Ni nom, ni adresse, ni détail de prestation. Le flux B2C se limite à des totaux par période et par taux de TVA. Le nombre de transactions journalières, initialement prévu dans les spécifications, a été retiré par une annonce ministérielle de septembre 2025.
La franchise en base ne dispense de rien
Le critère d’entrée dans la réforme n’est pas de collecter la TVA, mais d’y être assujetti. Toute activité économique indépendante l’est. Une esthéticienne à domicile en micro-entreprise se trouve donc assujettie mais non redevable, ce qui la place pleinement dans le périmètre. La mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » ne crée aucune exclusion.
Le raisonnement mérite d’être posé précisément, car une confusion circule. Seules les opérations exonérées au titre des articles 261 à 261 E du CGI et dispensées de facturation sortent du champ. L’article 293 B, qui fonde la franchise en base, n’appartient pas à cette liste. La distinction paraît technique, elle décide pourtant de votre assujettissement.
Le cas des soins mérite la même précision. Un acte de kinésithérapie relève de l’exonération santé. Un drainage esthétique, un modelage bien-être ou une épilation n’en relèvent pas : ce sont des prestations taxables au taux normal de 20 %. L’intitulé du soin ne suffit jamais à trancher, seule sa nature fiscale compte.
« Je ne facture pas de TVA, donc je ne suis pas concernée. » Ce raccourci expose à 500 € par transmission e-reporting manquante à partir de septembre 2027, plafonnés à 15 000 € par an. La franchise dispense du paiement de la taxe, pas des obligations déclaratives qui l’accompagnent.
Les factures entre professionnels que le métier produit sans qu’on y pense
Un salon estime spontanément son volume B2B à zéro. L’inventaire réel dit autre chose. Plusieurs opérations courantes du secteur créent une relation entre deux entreprises, donc une facture soumise au format électronique dès septembre 2027. Les repérer maintenant évite de les découvrir lors d’un contrôle.
Location de fauteuil et mise à disposition de cabine
La location de fauteuil n’est pas une location immobilière au sens juridique. Elle constitue une prestation de service entre deux professionnels indépendants. La redevance facturée par le salon au coiffeur locataire est donc une facture B2B classique, soumise au format structuré à partir de septembre 2027.
Le locataire, de son côté, encaisse directement ses clientes. Il relève donc de l’e-reporting pour ces encaissements, en parallèle. Deux entreprises partagent le même mur et suivent deux régimes déclaratifs distincts. Si le salon encaisse à la place du locataire, la question fiscale se double d’un risque de requalification en salariat déguisé.
Entreprises, établissements de santé, mariages et plateaux
La liste s’allonge vite dès qu’on la déroule. Interventions régulières en EHPAD ou en résidence services, prestations commandées par un comité social et économique, forfaits mariage facturés à une agence événementielle, revente de produits professionnels à un confrère : chacune de ces opérations produit une facture entre assujettis.
La coiffure et le maquillage de plateau ajoutent un cas fréquent. Une prestation facturée à une production audiovisuelle, à un défilé ou à un photographe suit la même règle, avec les particularités décrites sur notre page culture, spectacle et intermittents. Le statut du client détermine le régime, jamais la nature du geste technique.
Le tableau ci-dessous répartit les opérations courantes du secteur entre les trois régimes possibles.
| Opération | Client | Ce qui s’applique | À partir de |
|---|---|---|---|
| Coupe, couleur, soin en cabine | Particulier | E-reporting de transaction | 1er sept. 2027 |
| Vente de produits au comptoir | Particulier | E-reporting de transaction | 1er sept. 2027 |
| Location de fauteuil ou de cabine | Professionnel | Facture électronique | 1er sept. 2027 |
| Prestation en entreprise ou en EHPAD | Professionnel | Facture électronique | 1er sept. 2027 |
| Achats grossistes et fournisseurs | Vous recevez | Réception via plateforme agréée | 1er sept. 2026 |
Une seule ligne tombe en 2026, et c’est la plus simple à traiter. Toutes les autres arrivent ensemble un an plus tard, ce qui laisse peu de marge pour découvrir son outil à ce moment-là.
Ticket de caisse, note de 25 € et facture : trois documents distincts
La réforme ne remplace aucun des documents que vous éditez déjà. Elle s’empile dessus. Cette superposition explique la plupart des erreurs observées dans le secteur, où le ticket de caisse tient souvent lieu de tout, alors que le droit de la consommation exige autre chose.
La note reste due au-delà de 25 € TTC
L’arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983, modifié en juillet 2010, impose la remise d’une note dès que la prestation atteint 25 € TTC. Elle se remet avant le paiement, en double exemplaire, et le professionnel conserve son exemplaire deux ans. Sous ce seuil, la note reste obligatoire si la cliente la demande.
Les conditions de délivrance doivent en outre être affichées de façon lisible à l’endroit du paiement. Le Conseil national des entreprises de coiffure rappelle régulièrement ce point à ses adhérents, car la confusion avec le ticket de caisse reste massive dans les salons.
La sanction ne relève pas du fisc mais de la DGCCRF. En décembre 2023, une société a écopé de 14 850 € d’amende administrative pour défaut de remise de note avant paiement et pour des notes insuffisamment détaillées. Le montant dépasse largement les amendes prévues par la réforme fiscale.
Le ticket de caisse prouve l’encaissement. La note prouve le détail de la prestation rendue à une particulière. La facture électronique concerne les échanges entre professionnels. Trois documents, trois régimes juridiques, trois autorités de contrôle différentes.
Un PDF envoyé par mail n’est pas une facture électronique
Une facture électronique au sens de la réforme est un fichier structuré, au format Factur-X, UBL ou CII, transmis par une plateforme agréée. Un PDF joint à un courriel ne remplit aucune de ces deux conditions. Cette nuance décide de la conformité, et beaucoup de professionnels la découvrent tard.
Côté clientes, rien ne change visuellement : la note reste imprimée ou envoyée en PDF. Ce qui change, c’est la remontée des données derrière. Or la plupart des caisses installées en salon ne savent pas la produire. Une certification NF 525 atteste l’inaltérabilité des enregistrements, pas la capacité à transmettre quoi que ce soit.
Choisir une plateforme quand on tient un salon ou un institut
Le secteur cumule deux contraintes rares ailleurs : un volume B2B très faible et une exigence de mobilité forte. Ces deux paramètres disqualifient d’emblée les solutions conçues pour des milliers de factures mensuelles. Le bon outil se juge donc sur d’autres critères que la richesse fonctionnelle.
Ce que la caisse ne fera pas à votre place
Deux chantiers coexistent, et ils progressent séparément. La certification de votre logiciel de caisse relève de l’inaltérabilité des données. Le raccordement à une plateforme agréée relève de la transmission. Un salon peut être parfaitement en règle sur le premier point et totalement hors-jeu sur le second.
La question à poser à votre éditeur de caisse ou de prise de rendez-vous tient en une phrase : êtes-vous plateforme agréée, ou passez-vous par une plateforme partenaire ? Les deux réponses sont acceptables. L’absence de réponse ne l’est pas. Notez qu’un logiciel absent de la liste officielle peut rester conforme s’il s’appuie sur un opérateur immatriculé.
Les critères qui comptent vraiment en beauté
La mobilité arrive en tête. La coiffure à domicile représente désormais près de 31 500 établissements, soit environ un tiers du secteur, et les mêmes contraintes valent pour les activités de services à la personne et nettoyage. Facturer, encaisser et éditer un justificatif depuis un téléphone devient un besoin quotidien, pas un confort.
Viennent ensuite trois vérifications concrètes. L’e-reporting est-il inclus dans l’offre ou facturé en supplément ? La plateforme se connecte-t-elle à votre caisse existante ? Le prix reste-t-il tenable pour trois factures professionnelles par mois ? Une offre gratuite couvre souvent l’intégralité des besoins d’un salon indépendant.
| Plateforme | Profil visé | Offre d’entrée | Note | |
|---|---|---|---|---|
InIndyIndépendants | Micro et activité à domicile | Gratuite | 8,6 | Voir l’offre |
TiTiimeSalon suivi par un cabinet | Salon avec expert-comptable | Gratuite | 8,2 | Voir l’offre |
AbAbbyMicro-entrepreneuses | Esthétique à domicile | Gratuite | 7,9 | Voir l’offre |
ShShineCompte pro intégré | Encaissement et facturation | Compte pro payant | 7,6 | Voir l’offre |
Ces quatre plateformes figurent à la liste officielle de la DGFiP. Vérifiez toutefois cette liste avant de vous engager, car elle évolue à chaque nouvelle immatriculation et seule la version publiée sur impots.gouv.fr fait foi.
- Arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983 relatif à la publicité des prix de tous les services, modifié le 15 juillet 2010 (Légifrance)
- Loi de finances pour 2026, régime de sanctions des articles 1737 et 1788 D du CGI (Légifrance)
- Liste officielle des plateformes agréées et calendrier de la réforme (impots.gouv.fr, DGFiP)
- Facturation électronique : les sanctions évoluent (Entreprendre Service Public)
Reste le calendrier pratique. D’ici fin août 2026, une plateforme désignée et un SIREN à jour suffisent. L’année qui suit sert à brancher la caisse, à trier les flux professionnels et à tester une première transmission avant que l’obligation ne tombe.
- Réception obligatoire au 1er septembre 2026, sans exception de taille ni de secteur
- Émission B2B et e-reporting B2C au 1er septembre 2027 pour les TPE et micro-entreprises
- La franchise en base ne dispense d’aucune des deux obligations
- La note de prestation au-delà de 25 € TTC reste due, indépendamment de la réforme
- Location de fauteuil, EHPAD, mariages et plateaux génèrent de vraies factures entre professionnels
Trois questions suffisent à identifier les plateformes adaptées à votre configuration.
Questions fréquentes
Je suis coiffeuse à domicile en micro-entreprise, dois-je m’équiper avant septembre 2026 ?
Oui, mais pour la réception uniquement. Votre grossiste, votre fournisseur de matériel ou votre loueur de véhicule vous adresseront des factures électroniques dès le 1er septembre 2026. Sans plateforme agréée désignée, vous ne les recevez plus. L’inscription prend quelques minutes et n’entraîne aucune obligation d’émission avant septembre 2027.
Mon institut n’a aucun client professionnel, que dois-je faire concrètement ?
Deux choses. D’abord désigner une plateforme agréée pour recevoir vos factures fournisseurs avant septembre 2026. Ensuite préparer la transmission de vos données de ventes aux particulières pour septembre 2027. Vous n’émettrez aucune facture électronique, mais l’e-reporting s’applique intégralement à votre chiffre d’affaires en cabine.
Les cartes cadeaux vendues en institut entrent-elles dans l’e-reporting ?
Le déclenchement suit l’exigibilité de la TVA. Pour un bon donnant droit à une prestation identifiée à l’avance, la taxe devient exigible à la vente. Pour un bon utilisable sur l’ensemble de la carte, elle devient exigible lors du soin. Le paramétrage de votre caisse doit refléter cette distinction, sous peine de décaler vos transmissions.
Combien de temps faut-il conserver les notes et les tickets de caisse ?
Trois durées coexistent. Le double de la note de prestation se conserve deux ans au titre de l’arrêté de 1983, classé par date. Les pièces justificatives fiscales se gardent six ans. Les documents comptables se conservent dix ans. La dématérialisation ne raccourcit aucun de ces délais, elle en simplifie seulement le stockage.
Mon expert-comptable peut-il faire l’e-reporting à ma place ?
Il peut piloter la transmission via une plateforme agréée, et beaucoup de cabinets le proposeront. L’obligation légale reste néanmoins portée par l’entreprise qui réalise l’opération. En cas de transmission manquante, l’amende de 500 € vous est adressée, pas à votre cabinet. Le mandat se formalise donc par écrit.