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CII facture électronique : le format XML mondial expliqué

publié le 19/06/2026· mis à jour le 05/06/2026· 11 min de lecture

Le CII passe pour le plus confidentiel des trois formats admis par la réforme du 1ᵉʳ septembre 2026. C’est une illusion d’optique. Sa syntaxe voyage en réalité dans chaque Factur-X émis en France, puisque le fichier XML embarqué dans ce format hybride suit précisément le standard Cross Industry Invoice. Autrement dit, des millions d’entreprises manipuleront du CII sans jamais prononcer son nom.

Publié par les Nations Unies et retenu par la norme européenne, ce format occupe une position singulière parmi les formats et normes de la facture électronique : il sert à la fois de format autonome pour les flux industriels et de moteur caché du format le plus répandu du marché.

Comprendre sa logique éclaire ainsi deux décisions très concrètes : vérifier que sa plateforme sait l’émettre ou le convertir, et paramétrer un ERP qui dialogue avec des clients allemands, où le CII domine déjà les échanges interentreprises depuis janvier 2025.

DGFiP · 5 mai 2026
129 plateformes agréées
Opérateurs disposant d’une immatriculation définitive à cette date. Chacun doit savoir recevoir et transmettre les trois formats du socle, CII compris.

Un standard porté par les Nations Unies, pas par Bruxelles

Contrairement à une idée tenace, le CII n’est pas un format européen. Il précède la réforme française de plus d’une décennie et son pilotage échappe totalement aux institutions de l’Union. Cette origine onusienne explique sa diffusion mondiale, bien au-delà du périmètre de l’EN 16931.

UN/CEFACT, l’organisme derrière le sigle

Le standard est maintenu par l’UN/CEFACT, le Centre des Nations Unies pour la facilitation du commerce et les transactions électroniques, rattaché à la Commission économique pour l’Europe de l’ONU à Genève. Sa mission tient en une phrase : produire des vocabulaires commerciaux universels là où chaque pays et chaque filière inventaient le leur.

Dans les années 2000, cette prolifération de formats nationaux et sectoriels générait des coûts d’intégration considérables pour les groupes internationaux. Le Cross Industry Invoice est né comme la brique « facture » de cette bibliothèque commune, applicable à tous les secteurs.

Détail qui compte davantage que le sigle : la version. La révision D16B, publiée en 2016, sert de référence aux textes européens. La révision D22B, plus récente, équipe les derniers standards franco-allemands tout en restant rétrocompatible avec D16B. Un fichier conforme à l’ancienne grammaire reste donc valide aujourd’hui.

Un XML pur, hérité de la logique EDI

Une facture CII est un fichier 100 % machine. Aucune mise en page, aucun visuel, aucun PDF : un humain qui l’ouvre voit des balises imbriquées, pas une facture. Ce parti pris prolonge directement l’EDI, qui structure les échanges interentreprises depuis les années 1980 dans l’automobile et la grande distribution.

La différence se joue sur l’outillage. Là où les syntaxes EDI historiques restaient propriétaires et coûteuses à implémenter, le CII s’appuie sur la logique du XML structuré : chaque information porte une balise normalisée, exploitable par n’importe quel parseur standard. Par conséquent, l’intégration dans un ERP moderne ne réclame plus de traducteur spécialisé, seulement un mapping de champs.

Ce que contient réellement un fichier CII

Passer du concept au fichier réserve peu de surprises : l’architecture est rigide, documentée et identique d’un émetteur à l’autre. C’est précisément cette prévisibilité qui rend le traitement automatique fiable.

Trois blocs et trois espaces de noms

La racine du document s’appelle rsm:CrossIndustryInvoice, publiée sous l’espace de noms urn:un:unece:uncefact:data:standard:CrossIndustryInvoice:100. Trois blocs s’y succèdent toujours dans le même ordre. ExchangedDocumentContext déclare le profil appliqué. ExchangedDocument porte le numéro, la date et le type de pièce, codé selon la liste UNTDID 1001 : 380 pour une facture commerciale, 381 pour un avoir.

Le troisième bloc, SupplyChainTradeTransaction, concentre la substance : identification du vendeur et de l’acheteur, lignes, totaux et TVA. Chaque ligne forme un IncludedSupplyChainTradeLineItem qui décrit le produit, les conditions commerciales, la livraison et le règlement. Trois préfixes organisent le tout : rsm: pour la racine, ram: pour les agrégats réutilisables, udt: pour les types de données unitaires.

Bien formé ne veut pas dire conforme

La validation d’un CII se joue en deux étages. Le schéma XSD vérifie la grammaire : présence, ordre et cardinalité des balises. Puis les règles Schematron, un langage de contrôle par expressions XPath normalisé ISO/IEC 19757-3, testent la cohérence métier : totaux, taux de TVA, identifiants.

Le jeu de règles appliqué dépend du profil déclaré dans le premier bloc, via l’URN inscrite dans la balise ram:ID du paramètre de contexte. En d’autres termes, le fichier annonce lui-même le niveau d’exigence auquel il accepte d’être contrôlé.

Attention
Le rejet se joue au Schematron

Un fichier accepté par le schéma XSD peut être refusé par la plateforme si une règle métier échoue : total TTC incohérent, taux de TVA absent, SIREN mal formé. Testez vos flux avant la mise en production.

Sa place dans le socle français

La réforme française n’a inventé aucun format. Elle a adopté des standards existants et internationaux, puis les a regroupés dans un socle minimal que toute plateforme agréée doit traiter. Le CII y figure à double titre.

Une des deux syntaxes officielles de l’EN 16931

La norme européenne EN 16931 définit le modèle sémantique de la facture : environ 165 termes de données, codés BT pour les éléments et BG pour les groupes. Elle ne dit rien de l’écriture du fichier. La décision d’exécution (UE) 2017/1870 a tranché ce point en listant deux syntaxes officielles : UBL 2.1 et UN/CEFACT CII D16B.

Le binding technique du CII est décrit par la partie EN 16931-3-3, son équivalent pour le format UBL par la partie 3-2. En France, la norme AFNOR XP Z12-012 précise comment ces formats et leurs profils s’articulent dans le dispositif national. Conséquence pratique : CII et UBL transportent strictement les mêmes données cœur, seule la grammaire change.

Le moteur caché de Factur-X

Le troisième format du socle, le format hybride Factur-X, repose entièrement sur le CII. Son fichier embarqué, nommé factur-x.xml, suit cette syntaxe à la lettre. Depuis la version 1.08, publiée avec ZUGFeRD 2.4 le 4 décembre 2025 et applicable depuis le 15 janvier 2026, c’est la révision D22B qui s’applique, rétrocompatible avec D16B.

Le phénomène a une portée concrète : convertir un PDF en facture électronique revient presque toujours à produire du CII sans le voir. De même, le profil EXTENDED-CTC-FR étend cette syntaxe pour transporter les données du cycle de vie exigées par le dispositif français. Le standard onusien irrigue donc l’ensemble de la chaîne.

Le format le plus discret du socle est aussi le plus transporté : chaque Factur-X émis en France embarque un fichier CII.

Pour situer chaque format sur son terrain, le tableau suivant résume porteurs, natures de fichier et usages dominants.

Format Porteur Nature du fichier Terrain dominant
UBL 2.1 OASIS XML pur, syntaxe cbc/cac Peppol · marchés publics · Europe du Nord
Factur-X FNFE-MPE · FeRD PDF/A-3 + XML CII embarqué TPE et PME françaises et allemandes

La lecture du tableau confirme l’enseignement central : les trois formats véhiculent le même contenu sémantique. Le choix relève de l’écosystème de chacun, jamais de la conformité.

Qui émet du CII pur, et comment il circule

Hors Factur-X, le CII autonome reste un format de spécialistes en France. Sa carte d’identité change pourtant dès qu’on franchit le Rhin ou qu’on regarde les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Filières industrielles et voisin allemand

En France, le CII pur équipe surtout l’automobile, la logistique et la grande distribution, des filières habituées aux flux EDI massifs et multi-pays. Son alignement sur les pratiques onusiennes en fait le choix naturel des donneurs d’ordre qui facturent sur plusieurs continents avec un seul vocabulaire.

L’Allemagne constitue son plus gros territoire européen. Le standard ZUGFeRD repose sur la syntaxe CII depuis sa version 2.0, et le format public XRechnung accepte deux syntaxes, dont le CII. La facturation B2G allemande l’exige depuis le 27 novembre 2020. Surtout, la réception de factures électroniques B2B y est obligatoire depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 : un fournisseur français qui livre outre-Rhin a donc déjà croisé ce format.

Bon à savoir

Factur-X et ZUGFeRD sont le même standard publié sous deux noms, par la FNFE-MPE côté français et le FeRD côté allemand. Une facture conforme à l’un l’est pour l’autre, au profil près.

Le trajet d’une facture CII dans la réforme

À partir du 1ᵉʳ septembre 2026, plus aucune facture B2B domestique ne transite par e-mail. L’émetteur dépose son fichier auprès de sa plateforme, qui identifie le destinataire dans l’annuaire central via son SIREN, puis route la pièce vers la plateforme adverse. Les données fiscales en sont extraites au passage vers le concentrateur de la DGFiP.

Ces échanges suivent des protocoles d’échange normalisés entre opérateurs. Côté entreprise, la norme AFNOR XP Z12-013 cadre les API de facture électronique exposées par les plateformes, tandis que la norme AFNOR XP Z12-014 décrit les cas d’usage du dispositif. Le calendrier, lui, reste à deux vitesses : réception pour tous et émission pour les grandes entreprises et ETI dès septembre 2026, émission pour les PME, TPE et micro-entreprises au 1ᵉʳ septembre 2027. Facturer hors canal agréé expose à une amende de 15 € par facture, plafonnée à 15 000 € par an.

Après l’émission : ce que le format ne règle pas

Produire un fichier CII valide n’épuise pas les obligations. La conformité d’une facture se juge aussi sur ce qu’elle devient une fois transmise, et le format n’apporte aucune réponse à lui seul.

Archiver le XML, pas seulement le lisible

L’original à conserver est le fichier structuré, pas la version mise en forme par la plateforme. La durée de conservation atteint 10 ans au titre du code de commerce, avec un volet fiscal de 6 ans. Or un XML se modifie en deux clics : la preuve de son intégrité dans le temps devient le vrai sujet.

C’est le rôle de l’archivage à valeur probante : empreinte, horodatage et journalisation des accès. La norme NF Z42-013 encadre les systèmes capables de cette garantie, et un coffre-fort numérique doit héberger le CII d’origine, jamais une simple copie PDF.

Intégrité, authenticité, piste d’audit

La valeur probante de la facture électronique repose sur trois exigences de l’article 289 du CGI : authenticité de l’origine, intégrité du contenu, lisibilité. Le passage par une plateforme agréée sécurise une large part du dispositif, sans toutefois dispenser de documentation interne.

Ainsi, la Piste d’Audit Fiable reste exigible pour relier chaque facture à la livraison et au paiement correspondants. La signature électronique qualifiée demeure une voie alternative de sécurisation, en perte de vitesse depuis la généralisation des formats structurés.

En résumé

Ce que le CII est : la syntaxe XML de l’UN/CEFACT, l’une des deux admises par l’EN 16931, et le moteur du fichier embarqué dans chaque Factur-X.

Quand il s’impose : flux industriels et internationaux, clients allemands, EDI massif. Ailleurs, la plateforme agréée gère le format sans intervention.

Ce qu’il ne couvre pas : l’archivage probant, la piste d’audit et les délais de conservation restent à organiser après l’émission.

Reste la question opérationnelle : qui produit ce fichier au quotidien ? Dans l’immense majorité des cas, ce travail revient à la plateforme, pas à l’entreprise.

Questions fréquentes

Peut-on lire une facture CII sans logiciel spécialisé ?

Pas confortablement. Le fichier s’ouvre dans n’importe quel éditeur de texte, mais on y voit des balises imbriquées, pas une facture. Des visionneuses gratuites et des feuilles de style XSLT produisent un rendu lisible pour un contrôle ponctuel. Dans le dispositif français, la plateforme réceptrice a de toute façon l’obligation de restituer un lisible à son client : le destinataire d’un CII consulte donc une facture mise en forme.

Le CII est-il accepté par Chorus Pro pour le secteur public ?

Oui. Le portail public, obligatoire pour facturer l’État et les collectivités depuis la montée en charge progressive de 2017 à 2020, accepte le CII parmi ses formats structurés. La sphère B2G française reconnaît les deux syntaxes de l’EN 16931. Une entreprise qui industrialise du CII pour ses flux privés peut donc réutiliser la même chaîne de production pour ses clients publics.

Faut-il déclarer son format de facturation à l’administration ?

Non. L’annuaire central référence votre SIREN et votre plateforme de réception, jamais le format de vos fichiers. Ce choix se règle contractuellement entre l’entreprise et sa plateforme, et il peut différer d’un flux à l’autre : du CII vers un donneur d’ordre industriel, du Factur-X vers les autres clients. La DGFiP contrôle la conformité des données transmises, pas la syntaxe retenue en amont.

Mon client travaille en UBL : ma facture CII sera-t-elle convertie ?

Oui, c’est le principe du socle. Toute plateforme agréée doit accepter les trois formats en réception et sait convertir entre eux, puisque le contenu sémantique est identique. Votre plateforme transmet votre CII, celle du client le restitue dans le format attendu par son système. Un point de vigilance subsiste : les champs hors socle, ajoutés par extension, peuvent se perdre lors de la conversion.

Le standard Cross Industry couvre-t-il d’autres documents que la facture ?

Oui, et c’est son argument décisif dans l’industrie. La bibliothèque UN/CEFACT décline la même logique pour la commande, l’avis d’expédition ou le catalogue, avec des blocs ram: réutilisables d’un document à l’autre. Une filière qui adopte le CII pour la facture peut donc unifier tout son cycle commande-livraison-règlement sur un vocabulaire unique, là où d’autres standards ne couvrent que la facturation.

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