Toute entreprise française assujettie à la TVA possède déjà une ligne dans l’annuaire du Portail Public de Facturation, créée automatiquement par l’AIFE à partir des bases INSEE et DGFiP. Le service de consultation par SIREN est ouvert gratuitement, sans compte ni mot de passe, sur le portail Chorus Pro. Et pourtant, la majorité des dirigeants n’a encore jamais ouvert cette fiche, qui conditionne pourtant la réception de toutes leurs factures à partir du 1ᵉʳ septembre 2026.
Consulter sa propre ligne, ou celle d’un client, prend moins d’une minute. Mais la lecture du résultat suppose de comprendre ce que ces champs signifient, et surtout ce qu’ils trahissent quand ils sont vides. Pour le contexte d’ensemble, l’annuaire du PPF, sa structure et son usage sont détaillés dans la page de référence du cocon. Cet article cible la requête : comment interroger l’annuaire à partir d’un numéro SIREN, et que faire des informations remontées.
La consultation est unilatérale : seules les plateformes agréées peuvent modifier une ligne, pas l’entreprise concernée. C’est une conséquence directe de l’architecture en Y retenue par la DGFiP, et la principale source de confusion quand une fiche apparaît incomplète. Comprendre cette asymétrie évite plusieurs réflexes inutiles.
Accéder au service de consultation
Le service est hébergé sur le portail Chorus Pro, à l’adresse facturation.chorus-pro.gouv.fr. C’est aujourd’hui le seul point d’entrée officiel pour interroger l’annuaire du PPF. L’accès est public, gratuit, et ne demande aucune création de compte préalable.
Le bon point d’entrée sur Chorus Pro
Depuis la page d’accueil du portail, cliquer sur « Annuaire facturation ». Une rapide vérification anti-robot s’affiche, puis le formulaire de recherche apparaît. Ne pas confondre avec l’espace authentifié de Chorus Pro, qui sert uniquement à émettre des factures vers le secteur public et qui réclame, lui, un compte utilisateur.
Le service de consultation publique reste distinct du portail B2G. Cette séparation est récente : depuis le recentrage du rôle du PPF annoncé en octobre 2024, Chorus Pro héberge désormais deux usages indépendants, l’annuaire d’un côté et la facturation publique de l’autre.
Champs disponibles dans le formulaire
La recherche simple accepte trois types d’entrée : un numéro SIREN à 9 chiffres, un numéro SIRET à 14 chiffres, ou une dénomination sociale. Une recherche avancée permet aussi d’utiliser l’adresse postale, le code postal ou la ville comme critères complémentaires. Le SIREN reste la voie la plus directe : un seul résultat possible, aucune ambiguïté sur la raison sociale, aucun risque de tomber sur un homonyme.
Si vous ignorez le SIREN du client, utilisez d’abord annuaire-entreprises.data.gouv.fr pour le retrouver à partir du nom commercial, puis revenez sur Chorus Pro avec les 9 chiffres en main. Plus rapide et plus fiable que la recherche par dénomination.
La procédure pas à pas par SIREN
Le parcours est court : quatre étapes, deux minutes au maximum quand on connaît le SIREN cible. Ce qui suit décrit le flux exact, écran par écran, tel qu’il fonctionne sur le portail public depuis l’ouverture en phase pilote début 2026.
Quatre étapes pour ouvrir une fiche
Ouvrir le portail annuaire
Aller sur facturation.chorus-pro.gouv.fr et cliquer sur « Annuaire facturation ». Aucun login demandé. Captcha à valider.
Saisir le SIREN à 9 chiffres
Coller les 9 chiffres dans le champ recherche. Pas d’espace, pas de tirets. Le système valide le format avant d’envoyer la requête.
Lire la fiche entité
La page affiche la dénomination sociale, le statut de raccordement à une plateforme agréée, la maille d’adressage retenue, et la liste des établissements rattachés.
Naviguer vers les établissements
L’onglet « Établissements » liste chaque SIRET, avec sa propre adresse de facturation s’il en a une distincte. Utile pour les structures multi-sites.
Ce que la fiche affiche réellement
La page entité présente quatre blocs d’information. Identité juridique en haut : SIREN, raison sociale, type de structure (privée assujettie, structure publique, micro-entreprise). Statut de réforme juste après : assujetti à TVA donc soumis à l’obligation, ou hors champ. Puis le bloc raccordement : nom de la plateforme agréée si l’entreprise en a déclaré une, mention « plateforme fictive » sinon. Enfin la maille d’adressage, qui peut être SIREN, SIRET, ou SIREN avec suffixe de routage.
Deux informations restent invisibles au public : l’adresse électronique de facturation précise et le matricule technique de la PA. Ces champs ne s’affichent que pour les plateformes agréées qui interrogent l’annuaire en mode API, pour des raisons de secret commercial. Une recherche manuelle ne donnera donc jamais l’adresse exacte où envoyer une facture, seulement la confirmation qu’il existe une route active.
Interpréter le résultat de la consultation
L’écran de résultat raconte trois choses : si l’entreprise est concernée par la réforme, si elle a déjà fait son choix de plateforme, et à quel niveau elle souhaite recevoir ses factures. Chacune de ces trois lectures appelle une action différente.
Fiche présente mais ligne « fictive »
C’est le cas le plus fréquent en 2026. L’AIFE a pré-alimenté l’annuaire à partir du registre INSEE, donc 100 % des SIREN actifs ont déjà une fiche. Mais tant que l’entreprise n’a pas choisi de plateforme agréée, son adresse de réception pointe vers une « plateforme fictive » par défaut. Concrètement, cela signifie que la fiche existe, mais qu’aucune facture ne peut encore être routée vers cette entité.
La conséquence pratique est nette : à partir du 1ᵉʳ septembre 2026, toute facture émise vers un client encore en « plateforme fictive » sera bloquée. Le fournisseur, lui, sera réputé avoir respecté son obligation d’émission. Le risque commercial bascule donc côté destinataire qui n’a pas fait son choix de PA.
Fiche avec PA déclarée et maille SIREN
Configuration cible pour 90 % des TPE et micro-entreprises. Une seule ligne, une seule PA, toutes les factures fournisseurs arrivent au même endroit. La maille SIREN convient à toute structure mono-établissement, ce qui couvre la totalité des auto-entrepreneurs et la grande majorité des indépendants. Pas besoin d’aller plus loin dans la complexité.
Lecture côté fournisseur : la fiche du client confirme que les factures peuvent partir. L’adresse exacte sera résolue par la PA émettrice au moment de l’envoi, sans intervention manuelle. Côté entreprise consultant sa propre fiche : si la PA affichée correspond bien à celle choisie, le routage est opérationnel.
Fiche avec mailles SIRET ou code de routage
Configuration des grandes entreprises et des structures multi-établissements qui souhaitent dispatcher les factures par site, par filiale ou par service interne. Chaque SIRET porte alors sa propre adresse de réception, parfois sa propre PA. Un code de routage interne peut s’ajouter au SIRET pour aiguiller vers un service précis : compta fournisseurs centralisée, BU régionale, prestataire externe de saisie.
Si la fiche d’un client affiche plusieurs adresses simultanément, seule une communication directe avec le service compta du client permet de trancher. L’annuaire ne hiérarchise pas les lignes : il les liste toutes. Cette ambiguïté est un risque opérationnel reconnu par la DGFiP pour les six premiers mois de la réforme.
Limites et angles morts de la consultation publique
La consultation au SIREN règle les questions de raccordement, pas les questions d’exhaustivité. Plusieurs catégories d’entités sont encore absentes ou mal renseignées dans la base, et la fonction de masse n’est pas encore disponible côté public.
Pas de modification en self-service
L’écueil classique : découvrir que sa propre fiche est incorrecte et chercher un bouton « modifier ». Il n’existe pas. Seule la plateforme agréée déclarée par l’entreprise peut écrire dans l’annuaire, jamais l’entreprise elle-même ni son expert-comptable. Pour corriger une donnée, deux voies : passer par le support de sa PA, ou attendre la prochaine synchronisation automatique avec l’INSEE pour les données d’identité.
Vérification en masse pour les cabinets
L’interface publique impose une saisie unitaire, SIREN par SIREN. Pour un cabinet d’expertise comptable qui doit auditer plusieurs centaines de clients, l’exercice devient industriel. La DGFiP a annoncé l’ouverture d’un service de consultation déconnectée à mi-juin 2026 : dépôt d’un fichier CSV contenant jusqu’à 5 000 SIRET, et restitution par lot du statut de raccordement de chaque ligne. En attendant, les cabinets passent généralement par leur PA, dont l’API annuaire offre les mêmes fonctionnalités en accès professionnel.
Entités hors champ et données manquantes
Certaines structures restent absentes ou incomplètes : associations non assujetties à TVA, structures publiques non rattachées à Chorus Pro, entités nouvellement immatriculées dont la propagation INSEE n’a pas encore eu lieu. L’administration a indiqué que ces écarts seraient comblés progressivement, sans calendrier ferme. Pour un fournisseur qui ne trouve pas son client dans l’annuaire à quelques semaines de septembre 2026, l’option pragmatique consiste à confirmer directement avec le client si l’entité doit y figurer, puis à signaler le défaut via la PA.
La consultation publique répond à une seule question : ce SIREN est-il prêt à recevoir des factures électroniques ? Pour tout besoin opérationnel (adresse exacte, intégration logicielle, audit multi-clients), il faut basculer sur l’interrogation API via une plateforme agréée.
Le service de consultation publique de l’annuaire PPF par SIREN est accessible librement sur Chorus Pro, sans compte. Il sert à vérifier l’existence d’une fiche, le statut de raccordement à une PA, et la maille d’adressage retenue. Il ne donne pas l’adresse précise de facturation, ne permet aucune modification, et reste unitaire. Avant la deadline du 1ᵉʳ septembre 2026, l’audit principal à mener est de vérifier que sa propre fiche affiche bien une PA déclarée et non une « plateforme fictive ».
Vérifier sa fiche prend deux minutes. Choisir une PA et déclencher sa mise à jour effective demande plus de réflexion, notamment quand l’outil de facturation doit aussi gérer la TVA, le suivi des règlements et l’export comptable.
Questions fréquentes
Faut-il un compte Chorus Pro pour consulter l’annuaire par SIREN ?
Non. Le service de consultation publique est ouvert sans authentification. Une vérification anti-robot suffit. Le compte Chorus Pro ne sert qu’aux échanges avec le secteur public (factures B2G), pas à la consultation de l’annuaire. Cette confusion est fréquente parce que les deux services cohabitent sur le même nom de domaine, mais ils sont techniquement distincts.
Mon SIREN n’apparaît pas dans l’annuaire, que faire ?
Vérifier d’abord que la saisie est correcte (9 chiffres, sans espace). Si la fiche reste introuvable, deux hypothèses : l’entité est trop récente et la synchronisation INSEE n’a pas encore eu lieu (délai habituel d’une à six semaines), ou la structure n’est pas assujettie à TVA et donc hors champ de la réforme. Dans le doute, ouvrir un ticket auprès du support AIFE via Chorus Pro suffit à déclencher une vérification.
Peut-on voir l’adresse électronique exacte de facturation d’un client ?
Non, et c’est voulu. La consultation publique affiche seulement la confirmation qu’une adresse active existe, jamais sa valeur. L’adresse exacte n’est visible que des plateformes agréées qui interrogent l’API annuaire pour acheminer une facture. Cette restriction protège le secret commercial des entreprises et évite que l’annuaire devienne une base de prospection.
Quelle différence entre maille SIREN et maille SIRET dans l’annuaire ?
La maille SIREN signifie que toutes les factures destinées à l’entreprise convergent vers une seule adresse de réception, quel que soit l’établissement concerné. La maille SIRET, à l’inverse, fait arriver chaque facture à l’établissement spécifique mentionné sur le document. Le choix dépend de l’organisation comptable : SIREN pour les structures centralisées et les mono-établissements, SIRET pour les groupes multi-sites avec compta décentralisée.
Mon expert-comptable peut-il mettre à jour ma ligne d’annuaire ?
Pas directement. Seule la plateforme agréée déclarée par l’entreprise dispose des droits d’écriture sur l’annuaire. Si l’expert-comptable utilise une PA pour le compte de ses clients (cas fréquent en cabinet équipé), il peut piloter cette mise à jour à travers l’interface de la PA. Mais l’AIFE n’a pas prévu d’accès « expert-comptable » indépendant à l’annuaire : tout passe par la PA, jamais en direct par le cabinet.