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L’annuaire central des destinataires : pièce maîtresse de la facture électronique

publié le 22/04/2026· mis à jour le 31/05/2026· 13 min de lecture

Lancé en juin 2025 par la DGFiP et l’AIFE, l’annuaire central de la facturation électronique référence aujourd’hui 115 plateformes agréées raccordées et plus de 671 000 entreprises prêtes à échanger leurs factures via une adresse électronique référencée. Le chiffre paraît modeste face aux 7 millions d’entités assujetties à la TVA en France, mais il dit l’essentiel : la réforme tient ou tombe sur la capacité d’un registre unique à router correctement les flux.

Cet annuaire n’est pas une plateforme d’échange. C’est un référentiel d’adressage que chaque entreprise alimente indirectement via sa plateforme agréée (PA, ex-PDP), et que les émetteurs consultent pour savoir où envoyer une facture. Sans cette couche, la réforme bascule dans le chaos d’un adressage libre, exactement ce que les schémas Y et V avaient construit pour éviter.

La compréhension de l’annuaire conditionne donc deux choses très concrètes : recevoir effectivement ses factures à partir du 1er septembre 2026, et émettre vers ses clients sans rejet. Les deux dépendent d’un même geste : déclarer la bonne adresse au bon niveau de maille, au bon moment.

AIFE · ouverture publique septembre 2025
671 000 entreprises référencées
115 plateformes agréées raccordées à l’annuaire central à date d’ouverture, pour une cible de près de 7 millions d’entreprises françaises à intégrer d’ici septembre 2026.

Ce que l’annuaire est exactement, et ce qu’il n’est pas

L’annuaire est souvent confondu avec une plateforme. Il n’en est pas une. C’est un référentiel de données d’adressage géré conjointement par la DGFiP et l’AIFE, alimenté par les plateformes agréées et consulté par toutes les PA émettrices au moment d’envoyer une facture. Aucune facture ne passe par lui. Il sert uniquement à orienter.

Un référentiel d’adresses, pas une plateforme d’échange

L’annuaire central répond à une seule question technique : pour ce SIREN ou ce SIRET, à quelle plateforme agréée envoyer la facture, et à quelle adresse électronique exacte. La plateforme émettrice interroge l’annuaire, récupère l’identifiant de routage, puis pousse la facture vers la plateforme réceptrice. La donnée transite entre PA, pas via l’annuaire lui-même.

Cette distinction est structurante. Une plateforme agréée assume quatre missions opérationnelles : émission, réception, e-reporting, mise à jour annuaire. L’annuaire n’en assume aucune au sens transactionnel : il garde les adresses à jour, point. C’est précisément ce qui le rend critique. Une adresse fausse dans l’annuaire signifie une facture égarée ou rejetée, sans recours technique immédiat.

L’écart vocabulaire est lui-même piégeux : les anciennes communications parlaient de PDP (plateforme de dématérialisation partenaire), terme remplacé en 2025 par PA. Côté annuaire, la confusion persiste avec l’annuaire du PPF que certains documents appellent encore « annuaire PPF » alors que le PPF lui-même a perdu ses rôles transactionnels.

L’héritage Chorus Pro et la rupture d’octobre 2024

L’architecture s’appuie sur l’expérience accumulée par Chorus Pro depuis 2017 dans la facturation B2G. L’AIFE a opéré ce portail pendant huit ans, accumulant une connaissance fine du routage par code et des cas particuliers de multi-établissement. L’annuaire central capitalise cette expérience tout en élargissant le périmètre au B2B.

La rupture d’octobre 2024 a redessiné les rôles. Le communiqué du ministère de l’Économie du 15 octobre 2024 a confirmé que le PPF abandonnait définitivement son rôle de plateforme d’émission et de réception gratuite. Il conserve uniquement deux fonctions résiduelles : l’annuaire central des adresses et le concentrateur technique de l’e-reporting vers la DGFiP.

Bon à savoir

Avant octobre 2024, le PPF devait être une plateforme publique universelle et gratuite. L’abandon de ce rôle a transformé l’annuaire en pivot encore plus exposé : il est désormais le seul service public au cœur d’un dispositif sinon entièrement délégué aux PA privées. Les distinctions historiques PDP/PA en découlent.

Ce repositionnement explique pourquoi les rôles d’une plateforme agréée incluent désormais explicitement l’alimentation de l’annuaire central. Avant la rupture, le PPF prétendait jouer ce rôle de manière centralisée. Aujourd’hui, c’est aux PA d’actualiser les lignes de chaque client qu’elles gèrent. La fiabilité de l’annuaire dépend donc directement du sérieux opérationnel de chaque PA.

L’architecture : quatre sources, un seul registre

L’annuaire n’est pas vide au démarrage. Il s’initialise depuis quatre référentiels officiels qui constituent l’ensemble des acteurs économiques français concernés par la TVA. Cette consolidation se fait automatiquement, sans intervention des entreprises elles-mêmes au stade de l’initialisation.

SIRENE, ROF, Chorus Pro, registre des PA

Le répertoire SIRENE de l’INSEE fournit le socle : tous les SIREN et SIRET d’entités privées établies et actives en France. Le registre des entités publiques issu de Chorus Pro apporte les SIRET et codes routage des destinataires des factures B2G. Le référentiel ROF/OCFI de l’administration fiscale identifie précisément les entreprises assujetties à la TVA française. Enfin, le registre des plateformes agréées immatriculées liste les opérateurs habilités à émettre et recevoir.

À l’initialisation, chaque entreprise privée se voit attribuer une ligne par défaut à la maille SIREN, avec une plateforme « fictive » de matricule 9998 en attendant qu’elle choisisse une PA réelle. Cette ligne fantôme garantit que toute entreprise est identifiable dans l’annuaire dès l’ouverture du service, même si elle n’a encore engagé aucune démarche.

Le registre des PA fait l’objet de contrôles techniques précis : certification ISO/IEC 27001 exigée, audit du système d’information, vérification de la capacité opérationnelle. Une PA peut être inscrite sous réserve ou de manière définitive, distinction qui conditionne sa capacité à mettre à jour effectivement les lignes d’annuaire de ses clients.

Source Données alimentées Périmètre
SIRENE (INSEE) SIREN, SIRET, dénomination, adresse Entreprises privées actives
Chorus Pro (AIFE) SIRET, code routage Entités publiques B2G
ROF/OCFI (DGFiP) Assujettissement TVA Entreprises redevables ou non
Registre PA Identifiants des plateformes agréées Opérateurs habilités

Qui actualise quoi : DGFiP, AIFE, plateformes agréées

La répartition des responsabilités évite que l’entreprise gère elle-même son inscription. La DGFiP pilote le projet et arbitre la doctrine. L’AIFE opère l’outil technique. Les plateformes agréées de réception assument la mise à jour effective des lignes d’annuaire : création, modification, suppression de l’adressage de chaque client qu’elles gèrent.

Concrètement, une PA de réception peut créer de nouvelles lignes pour configurer la maille souhaitée par son client, mettre à jour les informations existantes ou masquer les lignes obsolètes en cas de rupture de contrat. Cette responsabilité opérationnelle explique pourquoi le choix de la PA pèse lourd : une plateforme négligente ou en retard sur l’annuaire fragilise la réception de factures de ses clients.

La procédure d’immatriculation des PA intègre désormais un test technique de raccordement à l’annuaire. Aucune plateforme ne peut être immatriculée définitivement sans avoir prouvé qu’elle sait alimenter correctement le référentiel. C’est la garantie minimale pour qu’une PA puisse tenir sa promesse de service.

La maille d’adressage, là où ça se joue

La maille définit le niveau de précision auquel une entreprise reçoit ses factures. C’est le paramètre qui décide si toutes les factures arrivent au même endroit, ou si elles sont éclatées par établissement, par service ou par activité. Beaucoup d’entreprises sous-estiment ce choix : il conditionne l’organisation comptable autant que la conformité.

SIREN, SIRET, code routage : trois niveaux de précision

La maille SIREN est la plus large : l’entreprise est traitée comme une entité unique, toutes les factures convergent vers la même PA et la même adresse électronique. Adapté aux structures mono-site. La maille SIRET identifie un établissement précis et permet de router séparément les factures destinées à chaque site. Le code de routage va plus loin encore : il distingue un service, une activité ou une unité de réception interne, par exemple un département achats généraux ou une activité transport.

Attention

L’annuaire attribue par défaut une maille SIREN à toute entreprise initialisée. Si vous avez plusieurs établissements ou services qui doivent recevoir des factures distinctes, cette maille par défaut est insuffisante et provoquera un mélange de flux entrants. La déclaration d’une maille fine doit être faite explicitement via votre PA.

Ce choix est rarement neutre. Une entreprise qui passe brutalement à la maille SIRET sans préparer sa comptabilité fournisseurs verra ses factures éclatées sur des canaux qu’elle n’a pas anticipés. À l’inverse, une maille SIREN trop large pour un groupe multi-activités complique la ventilation analytique et oblige à des retraitements internes lourds.

Format ISO 6523 ICD et plateforme par défaut

L’adressage suit la norme ISO 6523 ICD avec l’identifiant 0225 pour la France. Concrètement, l’adresse électronique d’une entreprise au SIREN 123456789 sans maille fine s’écrit 0225:123456789. Avec un SIRET, le format devient 0225:SIREN_SIRET. Avec un code routage, 0225:SIREN_SIRET_ROUTAGE. Cette syntaxe normée permet l’interopérabilité entre plateformes agréées sans ambiguïté.

La plateforme par défaut, identifiée par le matricule technique 9998, signale à l’écosystème qu’aucune PA réelle n’a encore pris en charge l’entreprise. Tant que cette mention persiste, l’entreprise est techniquement présente dans l’annuaire mais incapable de recevoir une facture électronique. C’est l’état initial de toute structure jamais inscrite via une PA. La sortie de cet état est une condition nécessaire à la conformité au 1er septembre 2026.

Le réseau Peppol et l’interopérabilité internationale s’appuient sur la même logique d’adressage normée. Une entreprise française correctement référencée dans l’annuaire central pourra à terme échanger avec ses homologues européens via Peppol sans configuration supplémentaire, à mesure que les passerelles techniques entrent en service.

S’inscrire dans l’annuaire : qui le fait, comment

L’inscription n’est pas une démarche optionnelle. Elle est obligatoire pour toute entité assujettie à la TVA et établie en France, y compris celles bénéficiant de la franchise en base. La DGFiP rappelle que l’inscription doit être effective avant le 1er septembre 2026, même pour les entreprises dont l’obligation d’émission n’intervient qu’en septembre 2027.

Passage obligé par une plateforme agréée

L’entreprise ne s’inscrit jamais directement dans l’annuaire. Elle choisit d’abord une PA, et c’est cette PA qui déclare son adressage à l’AIFE et à la DGFiP. La procédure d’inscription dans l’annuaire détaille les étapes : validation des informations légales (SIREN, SIRET), choix de la maille, déclaration de la date de démarrage, confirmation par la PA.

Le choix d’une plateforme agréée conditionne donc l’ensemble de la démarche. Les critères pertinents incluent l’intégration avec les outils comptables existants, les tarifs (gratuit conforme ou solution payante), la capacité à gérer la maille souhaitée et le niveau de service annuaire. Une PA gratuite peut suffire pour une structure simple. Pour un groupe multi-établissements, les tarifs des PA reflètent généralement la complexité de la maille à gérer.

Le bon réflexe

Vous pouvez déléguer l’inscription à votre expert-comptable via un mandat opt-in. Le cabinet centralise alors la déclaration pour l’ensemble de ses clients, ce qui sécurise la cohérence des données SIREN/SIRET et évite les écarts avec l’INSEE qui bloquent fréquemment les fiches.

Les opérateurs de dématérialisation (OD) représentent une alternative intermédiaire pour les entreprises qui ne veulent pas changer leur outil de facturation. L’OD se branche à une PA partenaire et déclare l’adressage en mode délégué. Le résultat dans l’annuaire est identique, la chaîne contractuelle diffère.

Calendrier d’inscription et date de démarrage

Lors de l’inscription, la PA demande une date de démarrage. Cette date doit se situer entre le jour de l’inscription effective et le 1er septembre 2026. Elle marque le moment à partir duquel l’entreprise est techniquement capable de recevoir une facture électronique routée par l’annuaire vers sa PA. Avant cette date, les flux entrants restent traités en circuit traditionnel (papier, PDF par email).

L’inscription anticipée présente un intérêt opérationnel concret : elle permet de tester la réception en conditions réelles bien avant l’échéance réglementaire. Une entreprise qui s’inscrit dès le printemps 2026 dispose de plusieurs mois pour identifier les frictions (mauvaise maille, intégration comptable bancale, traitement OCR à caler) avant que la réception devienne obligatoire et que les volumes explosent.

L’inscription anticipée ne déclenche pas mécaniquement l’obligation d’émission, qui suit un calendrier propre (septembre 2026 pour GE et ETI, septembre 2027 pour PME, TPE et micro). Mais elle facilite la montée en charge progressive et évite le pic de demande prévisible sur les PA à l’été 2026, qui risque de saturer les processus d’onboarding.

En résumé

Ce que l’annuaire fait : recense les entreprises assujetties, indique pour chacune la PA gestionnaire et les adresses électroniques, permet aux PA émettrices de router les factures sans ambiguïté.

Ce qu’il ne fait pas : il ne transporte aucune facture, il ne remplace pas une plateforme agréée, il n’est pas accessible en lecture aux PA concurrentes pour les adresses de réception (secret commercial).

Ce qui dépend de vous : choisir une PA, déclarer la bonne maille (SIREN, SIRET ou code routage), fixer une date de démarrage avant le 1er septembre 2026, vérifier la cohérence avec vos données INSEE.

L’annuaire central concentre les enjeux techniques de la réforme dans un seul registre. Sa qualité dépend de la rigueur opérationnelle des plateformes agréées qui l’alimentent, et la conformité d’une entreprise dépend du sérieux avec lequel sa PA gère son inscription.

Questions fréquentes

L’inscription dans l’annuaire est-elle obligatoire pour les micro-entreprises ?

Oui, sans exception. Toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA doivent figurer dans l’annuaire avant le 1er septembre 2026, y compris les micro-entrepreneurs bénéficiant de la franchise en base de TVA. L’inscription via une PA conditionne la capacité à recevoir une facture électronique d’un fournisseur grande entreprise ou ETI, dont l’émission deviendra obligatoire dès cette date. L’absence d’inscription expose à des rejets techniques sans recours immédiat.

Comment consulter l’annuaire de la facturation électronique ?

L’annuaire est consultable gratuitement en ligne via le portail Chorus Pro, dans la section dédiée. La recherche se fait par SIREN, SIRET, dénomination sociale ou dénomination d’établissement. La fiche affichée indique si l’entité est assujettie à la réforme, la PA qui gère ses données et les adresses de facturation actives publiques. Les adresses détaillées et le nom de la plateforme de réception ne sont accessibles qu’aux PA pour des raisons de secret commercial.

Que se passe-t-il si mon entreprise n’apparaît pas dans l’annuaire ?

À l’ouverture du service, toute entreprise active enregistrée à l’INSEE dispose d’une ligne initialisée par défaut, à la maille SIREN, avec une plateforme fictive (matricule 9998). Si la recherche ne renvoie rien, le problème vient le plus souvent d’un écart entre les données SIRENE/INSEE et les informations saisies, ou d’une radiation récente. Le bon réflexe est de vérifier d’abord son immatriculation SIRENE, puis de procéder à l’inscription via une PA qui forcera la mise à jour.

Peut-on changer de plateforme agréée après inscription dans l’annuaire ?

Oui, le changement de plateforme agréée est prévu par la réforme et techniquement intégré à l’annuaire. La nouvelle PA déclare la reprise de la ligne d’adressage, l’ancienne PA est notifiée et la transition s’opère à la date convenue. Aucun engagement contractuel ne peut bloquer cette mobilité côté annuaire, même si des clauses commerciales spécifiques peuvent encadrer la rupture côté PA. La continuité de service est assurée par le double routage temporaire pendant la phase de bascule.

L’annuaire est-il le même que le PPF ?

Non, mais la confusion est fréquente. Le PPF (portail public de facturation) désignait à l’origine la plateforme publique gratuite censée gérer l’émission, la réception et l’annuaire. Depuis octobre 2024, le PPF a perdu ses rôles transactionnels et ne conserve que deux fonctions résiduelles : l’annuaire central et le concentrateur d’e-reporting. L’annuaire est donc l’un des deux services restants du PPF, mais le PPF n’est plus une plateforme d’échange. Les solutions compatibles et les PA assurent désormais l’intégralité de l’émission et de la réception.

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