La ligne qui départage deux plateformes agréées ne figure sur aucun annuaire : la présence d’un écran de saisie. Invopop est immatriculée, transmet en Factur-X, en UBL et en CII, et opère son propre point d’accès Peppol. Aucun formulaire ne permet pourtant d’y créer une facture à la main.
Tout part d’un appel d’API. Ce détail déplace la question : le client d’Invopop n’est pas l’entreprise qui facture, mais l’éditeur du logiciel qu’elle utilise. La société vend une brique d’infrastructure à intégrer, pas un outil de gestion à ouvrir le matin.
La grille tarifaire confirme ce positionnement. Elle se compte en pays couverts et en crédits consommés, jamais en nombre de factures émises. Un dirigeant de TPE qui cherche un remplaçant à son tableur se trompe donc de rayon.
Invopop est une société madrilène fondée en 2021, sept personnes, passée par l’accélérateur Y Combinator. Elle figure parmi les plateformes agréées immatriculées à titre définitif. Son produit tient en une API de conformité couvrant une vingtaine de pays, bâtie sur GOBL, un format de facture ouvert qu’elle publie elle-même.
Le diagnostic vous sort trois plateformes agréées classées selon votre taille et vos volumes.
Qui se trouve derrière l’entrée Invopop de la liste officielle
L’entrée porte un nom que peu d’acheteurs français connaissent. Derrière ce libellé : une jeune société espagnole, une équipe réduite, un produit unique vendu dans une vingtaine de pays. Le contraste avec les éditeurs historiques du marché est net.
Une société espagnole de sept personnes
Invopop est basée à Madrid et a été fondée en 2021. L’équipe compte sept personnes et la société est passée par l’accélérateur Y Combinator en 2023. Sa promesse tient en une phrase reprise sur ses pages de recrutement : aider les éditeurs de logiciels internationaux à respecter les obligations fiscales locales.
Elle revendique une vingtaine de pays couverts par un produit unique, de l’Espagne à l’Italie, de l’Allemagne à la Pologne, du Mexique à l’Australie. Ses références publiques sont des solutions de paiement, des outils de facturation récurrente et des places de marché. Autrement dit, des logiciels, pas des entreprises utilisatrices.
Un statut de plateforme agréée confirmé
Le statut se vérifie sur deux sources concordantes. La documentation technique de l’éditeur mentionne son immatriculation, et le nom apparaît dans les relevés de la liste publiée par l’administration. Un décompte daté du 22 septembre 2026 recensait 149 plateformes immatriculées à titre définitif, auxquelles s’ajoutaient quatorze immatriculations sous réserve.
Invopop se trouvait dans la première catégorie, celle des opérateurs ayant passé les tests d’interopérabilité avec le portail public. L’immatriculation vaut trois ans et se renouvelle. Elle porte sur la société, pas sur un produit en particulier, ce qui mérite une confirmation écrite au moment de contractualiser.
Le nom Invopop figure parmi les plateformes agréées immatriculées à titre définitif, donc ayant passé les tests d’interopérabilité. Le statut se recoupe entre la documentation de l’éditeur et les relevés publics de la liste. Le numéro et la date exacte d’immatriculation, eux, ne sont pas publiés : demandez-les par écrit.
Ce que la plateforme couvre côté français
La couverture française d’Invopop est documentée publiquement, page par page, dans une documentation technique rédigée en anglais. Le fait reste minoritaire sur ce marché : la matrice des formats et le mode de raccordement se lisent sans passer par un rendez-vous commercial.
Formats, Peppol et annuaire
Trois formats sont pris en charge : UBL au profil Peppol français, CII de l’UN/CEFACT, et Factur-X en PDF/A-3 à XML CII embarqué. Tous s’alignent sur la norme européenne EN 16931 et sur le profil français. Invopop exploite en outre son propre certificat de point d’accès Peppol, sans passer par un intermédiaire.
L’inscription d’un émetteur à l’annuaire se fait sous le schéma Peppol adossé au SIREN. Le routage accepte plusieurs formes d’adresse électronique : SIREN seul, SIREN et SIRET, ou SIREN complété d’un code de routage. Les documents partent ensuite vers le portail public, en bout de chaîne.
L’annuaire autorise plusieurs adresses électroniques pour une même entreprise. Une société peut donc recevoir ses factures sur deux plateformes différentes selon l’établissement destinataire. Le mécanisme sert les groupes multi-entités. Sur une structure simple, il crée surtout des risques d’erreur d’adressage.
Ce qui reste en chantier
L’e-reporting n’est pas au même stade d’avancement. Le flux dédié aux opérations avec les particuliers et aux transactions transfrontalières figure comme en cours de développement dans la documentation de l’éditeur. Le rythme annoncé est un dépôt tous les dix jours, soit trois transmissions par mois.
Une entreprise dont l’activité repose largement sur la vente aux particuliers doit donc réclamer une date d’ouverture ferme. Le reste du parcours est décrit comme opérationnel : émission, réception des flux entrants, et remontée des statuts de cycle de vie attendus par l’administration.
- Immatriculation définitive, tests d’interopérabilité passés
- Documentation technique publique et détaillée
- Point d’accès Peppol opéré en propre
- Factur-X, UBL et CII pris en charge
- Une vingtaine de pays sur une seule intégration
- Format ouvert GOBL, publié en open source
- Aucune interface de saisie de facture
- Intégration par API, donc développement à prévoir
- E-reporting annoncé en cours de développement
- Documentation et support en anglais
- Facturation indexée sur le nombre de pays
- Aucune offre gratuite
Combien coûte Invopop
Le tarif est affiché publiquement, ce qui reste minoritaire parmi les plateformes agréées. Deux compteurs cohabitent : un abonnement mensuel indexé sur le nombre de pays couverts, et une consommation de crédits liée aux actions réalisées.
Trois paliers publics : Dev à 50 euros par mois, Pro à 300 euros par mois, Enterprise sur devis annuel. Un pays est inclus, chaque pays supplémentaire se facture 200 euros par mois, avec 15 % de remise en facturation annuelle. Aucune offre gratuite.
Une grille affichée, trois paliers
Le palier d’entrée porte le nom de Dev et vise le développeur seul : un utilisateur, un support communautaire. Le palier Pro ouvre les utilisateurs illimités, le support par messagerie et par chat, ainsi que la suppression du filigrane sur les documents. Le palier Enterprise se négocie, avec engagements de service et accompagnement au démarrage.
Les pops, l’autre compteur
L’éditeur appelle pops les crédits qui alimentent la plateforme. Chaque action en consomme un nombre défini : conversion de format, envoi sur Peppol, transmission au portail public, enregistrement d’un émetteur. Une facture poussée sur le circuit français en consomme cinq.
Le montant final dépend donc du volume traité, pas du seul abonnement. Ce modèle convient à qui sait estimer sa volumétrie annuelle et la projeter sur trois ans. Il rend en revanche l’exercice budgétaire nettement moins lisible pour une petite structure qui découvre le sujet.
Les limites à mesurer avant de s’engager
Aucune de ces limites ne disqualifie l’opérateur. Elles décrivent un choix de produit assumé, qui écarte mécaniquement une partie du marché français. Deux points pèsent plus lourd que les autres au moment de décider.
Rien à ouvrir le matin
Invopop ne fournit pas d’écran de saisie de facture. Une console d’administration existe pour suivre les traitements et les statuts, mais la création des documents passe par l’API. Le coût réel d’un déploiement se compte donc en jours de développement, en plus de l’abonnement. Cette ligne n’apparaît sur aucune grille tarifaire.
Un ancrage français encore léger
La société est espagnole, sa documentation est en anglais, et le support du palier d’entrée se limite à la communauté. Le chat et la messagerie arrivent au palier Pro, un canal Slack dédié au palier Enterprise. L’e-reporting français reste annoncé comme en développement. Une PME qui attend un interlocuteur francophone et une reprise de l’existant ne trouvera pas cela ici.
Figurer sur la liste des plateformes agréées ne signifie pas fournir un logiciel de facturation. L’immatriculation porte sur la capacité à transmettre, recevoir et déclarer selon les règles fiscales. Plusieurs opérateurs immatriculés, dont celui-ci, ne proposent aucune saisie de facture pour l’utilisateur final.
La conséquence est directe pour une entreprise sans équipe technique. Retenir cet opérateur revient à acheter une brique qu’il faudra faire poser par un prestataire, avec un budget de développement en plus de l’abonnement.
Pour qui c’est pensé, pour qui ça ne l’est pas
La réception de factures électroniques devient obligatoire pour toutes les entreprises au 1er septembre 2026. L’émission suit un an plus tard pour les PME, les TPE et les micro-entreprises. Le choix d’un opérateur dépend d’abord de qui, dans l’organisation, va le brancher.
Les profils qui y gagnent
Un éditeur de logiciel métier qui veut rendre ses clients conformes sans construire sa propre chaîne fiscale est dans la cible exacte. Même chose pour un outil de facturation récurrente, une place de marché qui facture au nom de ses vendeurs, ou un groupe multi-pays. Une seule intégration couvre alors la France, l’Italie, l’Espagne ou la Pologne.
Les profils qui doivent chercher ailleurs
Un indépendant, une micro-entreprise ou une TPE de quelques salariés n’a rien à faire ici. Ni saisie manuelle, ni parcours d’inscription en français, ni assistance au paramétrage. Une PME sans direction technique financerait une intégration pour un besoin que des offres à prix affiché couvrent déjà. Le critère n’est pas la taille seule : c’est la présence, ou non, de quelqu’un pour écrire le code.
- Plateforme agréée espagnole, immatriculée à titre définitif
- Le produit est une API de conformité, sans écran de saisie
- Factur-X, UBL et CII pris en charge, point d’accès Peppol en propre
- Tarif public dès 50 euros par mois, 200 euros par pays supplémentaire
- L’e-reporting reste annoncé comme en cours de développement
- Cible réelle : éditeurs et plateformes multi-pays, pas les TPE françaises
Reste à savoir si votre besoin appelle une brique technique ou un outil prêt à l’emploi. La réponse tient rarement au budget. Elle tient à la personne qui va relier votre facturation au circuit officiel.
Le diagnostic croise votre taille, vos volumes et vos ressources techniques pour trancher.
Questions fréquentes
Une plateforme agréée étrangère peut-elle traiter des factures françaises ?
Oui. L’immatriculation porte sur l’opérateur et sur sa capacité à respecter les règles françaises, pas sur sa nationalité. Plusieurs sociétés européennes figurent sur la liste. Les conditions restent identiques pour tous : conformité technique, tests d’interopérabilité avec le portail public, engagements sur la conservation des données. Vérifiez en revanche où les factures sont hébergées, cette information ne figure pas toujours dans la documentation commerciale.
GOBL, c’est quoi exactement ?
GOBL est un format de document commercial ouvert publié par Invopop, écrit en JSON. Il embarque les régimes fiscaux par pays, les règles de calcul de taxe, la validation des identifiants et une signature électronique. L’intérêt pratique tient à la réversibilité : les documents restent lisibles et vérifiables hors de la plateforme. Un éditeur qui construit dessus limite sa dépendance à un fournisseur unique.
Quelle différence entre un point d’accès Peppol et une plateforme agréée ?
Un point d’accès Peppol achemine des documents sur un réseau international. Une plateforme agréée porte en plus des obligations fiscales françaises : transmission des données au portail public, inscription à l’annuaire, remontée des statuts, e-reporting. Un opérateur peut donc être point d’accès sans être immatriculé en France, et l’inverse existe aussi. Invopop cumule les deux rôles.
Peut-on recevoir ses factures sur deux plateformes en même temps ?
Techniquement oui. L’annuaire accepte plusieurs adresses électroniques pour une même entreprise, construites sur le SIREN, le SIRET ou un code de routage. Un groupe peut ainsi diriger les factures d’une filiale vers un opérateur et celles d’une autre ailleurs. Sur une structure simple, ce fractionnement crée surtout des risques d’erreur d’adressage et de factures perdues.
Mon logiciel de gestion peut-il utiliser Invopop sans que je le sache ?
C’est le scénario prévu par ce modèle. L’éditeur intègre l’API et la conformité devient une fonction de son produit, sans marque visible côté utilisateur. Demandez par écrit quelle plateforme agréée est utilisée et quelle entité porte la responsabilité en cas de rejet. La réponse figure rarement dans les conditions générales du logiciel.