Le 27 juin 2025, l’AIFE a ouvert publiquement un fichier qui ne s’appelle pas une base de données, ne s’appelle pas un référentiel, mais qui pèse autant que les deux : l’annuaire central du Portail Public de Facturation. À son lancement, 8 000 entreprises y figuraient. À terme, ce sont 4 millions d’assujettis à la TVA qui devront s’y retrouver, faute de quoi leurs factures resteront bloquées quelque part entre une plateforme émettrice et une plateforme destinataire qui n’existe pas encore sur leur fiche.
Le paradoxe de cet annuaire, c’est que vous ne pouvez pas y écrire directement. Aucune entreprise ne saisit elle-même sa ligne d’adressage. Pourtant, si la ligne est fausse, c’est l’entreprise qui paie les rejets. Comprendre la structure de l’annuaire suppose d’abord de remettre en perspective le guide du Portail Public de Facturation dans sa version post-octobre 2024, quand l’État a abandonné l’émission directe pour se concentrer sur deux briques techniques exclusives.
L’annuaire est l’une de ces deux briques. L’autre, le concentrateur, traite les flux fiscaux. Ensemble, ils définissent ce qu’est devenu le PPF : non plus un portail d’usage pour les entreprises, mais une infrastructure de routage et de surveillance qui se tient à distance de l’utilisateur final.
Ce que contient l’annuaire et qui l’alimente
L’annuaire du PPF est un référentiel unique géré par l’Agence pour l’Informatique Financière de l’État, sous tutelle de la DGFiP. Sa raison d’être est précise : indiquer à chaque plateforme émettrice où router une facture, et à quelle plateforme agréée la déposer. Il ne stocke ni montant, ni taux de TVA, ni contenu de pièce comptable. Juste le minimum pour que le routage fonctionne.
Quatre sources d’alimentation, jamais l’entreprise elle-même
L’annuaire ne se remplit pas tout seul. Il est consolidé à partir de quatre flux distincts qui se complètent. L’INSEE fournit le registre SIRENE, c’est-à-dire les SIREN et SIRET de toutes les entreprises actives en France. Chorus Pro remonte les entités publiques et leurs codes routage existants pour la sphère B2G. Le référentiel ROF/OCFI de l’administration fiscale apporte la qualification des assujettis à la TVA. Enfin, les plateformes agréées de réception déclarent les lignes d’adressage de leurs clients via un flux dédié.
Aucune de ces quatre sources n’est l’entreprise destinataire elle-même. Cette architecture cassée volontairement répond à une logique de fiabilité : en confiant la mise à jour à des opérateurs identifiés (PA, INSEE, AIFE), l’État se donne un point de contrôle clair en cas d’erreur, et évite que des millions d’utilisateurs finaux ne créent du bruit dans le routage. Pour une entreprise qui découvre la mécanique, c’est un changement culturel : son adresse de facturation lui échappe.
Les champs d’une ligne d’adressage
Chaque ligne d’annuaire associée à une entreprise contient un nombre limité de champs normés. Aucun n’est facultatif côté lecture, même si certains restent vides selon les cas. Voici ce que la fiche d’une entreprise rassemble.
Une entreprise peut avoir plusieurs lignes dans l’annuaire, chacune renvoyant éventuellement à une PA différente. La règle d’usage à connaître : par défaut, dès qu’une entreprise apparaît dans l’INSEE et qu’elle est assujettie à la TVA, l’AIFE crée automatiquement une ligne basée sur le SIREN. Cette ligne pointe initialement vers une PA dite fictive, en attendant que l’entreprise désigne sa vraie plateforme par mandat.
Le rôle de l’annuaire dans le système en Y
Le dispositif français de facturation électronique fonctionne en « Y » : les factures ne circulent plus directement d’une entreprise à une autre, elles transitent par deux plateformes agréées qui se parlent entre elles. L’annuaire est le service qui rend cette conversation possible, en garantissant que chaque PA émettrice sache à quelle PA déposer une facture pour atteindre le bon destinataire. Le PPF assure cette mission technique en plus de sa fonction de concentrateur de données pour la DGFiP.
Le chemin d’une facture, étape par étape
L’enchaînement est mécanique. L’émetteur saisit une facture dans son outil, qui la transmet à sa PA. La PA émettrice consulte l’annuaire avec le SIREN du destinataire pour obtenir le matricule de la PA de réception. Elle envoie ensuite la facture sur cette PA, qui la met à disposition de l’entreprise destinataire. À chaque étape, l’annuaire est interrogé, pas modifié.
Ce séquencement explique pourquoi le PPF a renoncé à émettre lui-même des factures en octobre 2024. Dès lors que les PA sont assez nombreuses et matures pour couvrir tous les profils, l’État n’a plus aucun intérêt à se positionner en concurrent gratuit. Le sujet est documenté dans le détail dans l’analyse du retrait du PPF de l’émission de factures, qui rappelle les coûts de développement et les retards déjà accumulés à cette date.
Ce que l’annuaire ne fait pas (et n’est pas censé faire)
L’annuaire ne traite aucune donnée de facture. Pas de montant HT, pas de TVA, pas de ligne d’article, pas de mention obligatoire. Sa fonction est limitée à l’adressage. Cette frontière nette est conçue pour préserver l’efficacité du routage : l’annuaire doit répondre vite et juste sur une question simple, jamais arbitrer une question comptable.
L’annuaire et le concentrateur sont deux briques distinctes du PPF. L’annuaire traite l’adressage (où envoyer la facture), le concentrateur traite les données fiscales remontées à la DGFiP via les flux 1, 6 et 10. Comprendre cette séparation aide à diagnostiquer un problème : un rejet pour adresse inconnue n’a rien à voir avec un manquement au e-reporting.
L’autre confusion fréquente concerne le périmètre du destinataire. L’annuaire ne distingue pas un client d’un fournisseur : il décrit où l’entreprise est joignable pour recevoir une facture. Si vous voulez comprendre l’arbitrage en amont entre passer par le PPF ou par une PA dédiée, le comparatif PPF ou plateforme agréée détaille les implications opérationnelles selon le profil.
Les trois mailles d’adressage et leurs usages
Le PPF n’oblige personne à choisir un niveau de granularité unique. Chaque entreprise peut décider à quelle profondeur ses factures lui sont adressées : à l’entité juridique entière, à un établissement précis, ou à un service interne identifié. Les spécifications externes parlent de trois mailles, numérotées 1 à 3.
SIREN, SIRET, code routage : trois niveaux, trois logiques
| Maille | Format d’adresse | Usage typique | Profil adapté |
|---|---|---|---|
| Niveau 1 — SIREN | SIREN (9 chiffres) | Une seule porte d’entrée pour toute l’entité | TPE, micro-entreprise, mono-établissement |
| Niveau 2 — SIRET | SIREN_SIRET | Routage par établissement physique | Réseaux d’agences, franchises, multi-sites |
| Niveau 3 — Code routage | SIREN_SIRET_CODE_ROUTAGE ou SIREN_SUFFIXE | Identification d’un service ou d’un canal d’achat | Grands comptes avec services achats spécialisés |
Le code routage est emprunté à la mécanique B2G de Chorus Pro, où il sert à orienter une facture vers le bon service exécutant. En B2B, son intérêt est plus limité : la plupart des entreprises gagneraient à multiplier les suffixes plutôt que les codes routage, parce que ces derniers obligent à se rattacher à un SIRET et ne permettent pas de définir un canal transverse à l’entité. Sauf besoin réel de routage interne fin, mieux vaut rester sobre.
Combien d’adresses créer en pratique
La recommandation tacite des experts-comptables est simple : limiter au maximum le nombre d’adresses, idéalement à une seule en maille SIREN. Multiplier les lignes complique la communication avec les fournisseurs (chacun doit savoir quelle adresse utiliser) et augmente le risque qu’une facture arrive sur une PA inactive si la configuration n’est pas tenue à jour. Pour la grande majorité des TPE et micro-entreprises, la ligne SIREN par défaut suffit.
Les structures plus complexes (grands groupes, ETI multi-pays, holdings avec filiales) ont en revanche un vrai intérêt à descendre au SIRET ou au code routage, ne serait-ce que pour permettre à chaque filiale ou chaque service de gérer son propre flux. Cette granularité doit être pensée en amont, parce qu’elle conditionne la communication client-fournisseur sur les premières factures émises.
Qui met à jour l’annuaire et avec quelles règles
La règle de mise à jour de l’annuaire a fait l’objet d’un arbitrage tranché par l’administration fiscale : aucun système d’opt-out n’est toléré. Une PA ne peut pas se déclarer plateforme de réception d’une entreprise sans avoir obtenu un consentement formel. La conséquence pratique est lourde de sens pour les éditeurs.
Le mandat formel, condition d’entrée dans l’annuaire
Chaque Plateforme Agréée doit obtenir un mandat écrit, signé par l’entreprise cliente, avant de créer ou modifier une adresse de réception dans l’annuaire PPF. Sans ce mandat signé, aucune mise à jour ne sera effectuée. Le cabinet comptable peut signer ce mandat à la place de son client, sous réserve qu’un consentement explicite ait été préalablement donné. Ce dispositif protège les entreprises contre une captation silencieuse de leur point d’entrée par un opérateur tiers.
Si vous n’avez pas désigné une PA via un mandat signé, votre ligne d’annuaire reste rattachée à la plateforme fictive par défaut. Vos factures entrantes seront alors bloquées en attente d’une PA réelle. La plupart des PA proposent une signature en ligne intégrée à leur parcours d’inscription pour éviter ce trou.
Les flux techniques 13 et 14
Les échanges entre PA et annuaire central reposent sur deux flux normés. Le flux 13 sert à transmettre les mises à jour de lignes d’adressage de la PA vers le PPF (création, modification, suppression). Le flux 14 permet à une PA de télécharger l’annuaire complet ou des sous-ensembles, soit en bloc, soit via API à la demande. Ces flux sont au cœur des spécifications externes 3.0 publiées par la DGFiP en décembre 2024.
Côté entreprise, vous n’avez aucun accès à ces flux. Votre seule interaction passe par votre PA, qui répercute vos décisions (changement de plateforme, ajout d’une nouvelle adresse, modification d’un code routage) via le flux 13. Cette dépendance fait de la qualité de votre PA un critère de routage à part entière, pas seulement un sujet de tarif ou d’ergonomie. Le sujet du nouveau positionnement public est analysé dans le détail du rôle du PPF après réforme, qui rappelle pourquoi l’annuaire a hérité de tant de responsabilité.
Consulter sa fiche et corriger les erreurs
Même sans pouvoir modifier directement l’annuaire, toute personne peut le consulter publiquement. La consultation est utile à plusieurs titres : vérifier que sa propre fiche existe, identifier la PA d’un client avant émission, ou diagnostiquer un rejet en remontant à la source. Pour comprendre la nature exacte du Portail Public de Facturation avant d’aller chercher une fiche, mieux vaut connaître son périmètre.
Accès via Chorus Pro et Service Public
L’annuaire est consultable gratuitement à l’adresse facturation.chorus-pro.gouv.fr, après une vérification de sécurité. Une fois sur la page, la recherche s’effectue à partir d’un SIREN, d’un SIRET, d’une raison sociale ou d’une dénomination d’établissement. Le portail Service Public renvoie également vers cet annuaire depuis la page dédiée à la facturation électronique. La consultation détaillée de l’annuaire PPF par SIREN décrit étape par étape la procédure et les champs retournés.
Avant la première facture émise vers un nouveau client en 2026, consultez l’annuaire avec son SIREN. Si la fiche pointe encore vers une PA fictive, alertez votre client : sa facture sera rejetée ou bloquée. Cette vérification prend trente secondes et évite un retard de paiement plus long à débloquer.
Les rejets liés à un annuaire défaillant
Les rejets ayant pour cause l’annuaire sont remontés via des codes motifs normés. Le plus fréquent est le code NOA (« aucune action requise »), qui signale que le problème devrait se résoudre seul après mise à jour de la ligne. Concrètement, votre PA réémet la facture une fois la ligne corrigée par la PA destinataire. Les autres rejets typiques sont les confusions SIREN/SIRET (le destinataire a configuré une maille SIRET, l’émetteur a envoyé en SIREN), les lignes désactivées suite à un changement de PA non répercuté, ou les codes routage absents quand ils sont obligatoires.
Ces rejets sont régis par les 140 règles de gestion PPF documentées dans la norme XP Z12-012, qui encadre les flux 1, 6, 10, 13 et 14. Pour une entreprise utilisateur, la prévention passe surtout par un audit annuel de sa propre fiche et un dialogue clair avec sa PA dès qu’une anomalie est constatée.
Ce que l’annuaire est : référentiel central géré par l’AIFE, alimenté par 4 sources (INSEE, Chorus Pro, ROF, PA), indispensable au routage des factures entre plateformes agréées.
Ce que l’annuaire n’est pas : ni base de données fiscales, ni espace de saisie pour l’entreprise, ni outil de gestion des montants ou de la TVA.
Action concrète : consultez votre fiche sur facturation.chorus-pro.gouv.fr, signez un mandat avec une PA dès que possible, limitez le nombre de lignes d’adressage au strict nécessaire.
Le choix de la PA conditionne directement la qualité de votre ligne d’annuaire. Une plateforme qui automatise le mandat, intègre la mise à jour dans son onboarding et propose un contrôle régulier de la fiche évite la majorité des erreurs.
Questions fréquentes
Mon entreprise figure-t-elle déjà dans l’annuaire PPF ?
Si vous êtes immatriculé au répertoire SIRENE et assujetti à la TVA, oui, une ligne par défaut a été créée automatiquement par l’AIFE à partir des données INSEE. Cette ligne porte votre SIREN et pointe vers une PA fictive en attendant que vous désigniez votre vraie plateforme par mandat. Pour le vérifier, consultez le portail facturation.chorus-pro.gouv.fr avec votre SIREN.
Puis-je m’inscrire moi-même dans l’annuaire PPF ?
Non. Aucune entreprise ne peut modifier directement sa ligne d’annuaire. La mise à jour passe obligatoirement par une PA mandatée, qui agit via le flux technique 13. Votre seule décision active est de choisir la PA et de signer le mandat de désignation, ce qui se fait généralement dès la création du compte chez la PA.
Que se passe-t-il si je change de plateforme agréée ?
Votre nouvelle PA met à jour votre ligne d’annuaire en remplaçant l’ancien matricule par le sien, après signature d’un nouveau mandat. La continuité de réception est assurée tant que la nouvelle ligne est activée avant que l’ancienne ne soit désactivée. Vérifiez systématiquement la fiche après le changement pour confirmer que vos factures arriveront sur la bonne plateforme.
L’annuaire contient-il les données fiscales de mon entreprise ?
Non. L’annuaire ne stocke que des informations d’adressage : SIREN, SIRET, code routage, matricule PA, statut et validité de la ligne. Aucun montant, aucun taux de TVA, aucun contenu de facture n’y figure. Les données fiscales transitent par le concentrateur, qui est une autre brique du PPF, distincte de l’annuaire.
Combien d’adresses dois-je créer dans l’annuaire ?
La recommandation par défaut est d’en créer le moins possible, idéalement une seule en maille SIREN. Une seule adresse simplifie la communication avec vos fournisseurs et réduit le risque de routage vers une ligne désactivée. Multiplier les adresses ne se justifie que pour les structures multi-établissements ou les grands comptes avec services achats spécialisés.